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17/02/15
16:36

La complaisance envers les violeurs dénoncée en Turquie

Des milliers de gens ont manifesté ce week-end, mettant en cause le gouvernement islamiste dans le viol et l'assassinat d'une étudiante dans le sud de la Turquie, le 11 février.

 

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Des milliers de personnes ont manifesté ce week-end et jusqu'à lundi en hommage à la jeune femme violée et tuée le 11 février. PHOTO AFP / Adem Altan

 

Le gouvernement d'Erdogan responsable du viol et du meurtre d'une jeune femme ? C'est ce que pensent des milliers de personnes qui ont manifesté ce week-end dans les principales villes de Turquie, suite à un fait divers sanglant, pour dénoncer la complaisance du gouvernement islamo-conservateur à l'égard des violences faites aux femmes. Mercredi 11 février, Ozgecan Aslan, 20 ans, a été agressée par le chauffeur du minibus qui la ramenait chez elle, dans la région de Marsin, dans le sud de la Turquie. Elle s'est débattue, griffant son agresseur et l'attaquant au gaz poivre. L'homme l'a tuée à coups de barre de fer, et, à l'aide de son père et d'un ami, lui a coupé les mains et brûlé le corps pour éliminer toute trace d'ADN. Les trois hommes ont été arrêtés et rapidement écroués après être passés aux aveux.

 

Ce viol a provoqué une vague d'indignation, principalement dirigée contre le gouvernement et le système judiciaire, jugés laxistes sur la question du viol. "On le voit bien dans leurs actes. Des centaines de violeurs restent impunis, surtout dans les rangs des policiers et des militaires", explique Mustafa Hoca, intellectuel kurde exilé en France, s'appuyant notamment sur des propos d'un député kurde du HDP (Parti démocratique du peuple, 28 sièges au Parlement). Ce parti s'était également agacé dans un communiqué contre des dirigeants qui "ne proposent que la peine capitale, la castration ou bien des bus roses réservés aux femmes contre la violence des machos".

 

Un problème de pratique

 

Le problème n'est pas dans la loi, mais dans sa pratique, estime une avocate d'origine turque, spécialiste de la situation des femmes en Turquie, qui souhaite maintenir son anonymat : "Jusqu'à la réforme du code pénal, en 2004 (sous pression de l'Union européenne, ndlr), les auteurs de crimes d'honneur bénéficiaient de réductions de peine, grâce au principe de provocation injuste", selon lequel la femme serait en partie responsable du crime dont elle est victime. Par exemple, en portant une mini-jupe, estiment de nombreuses personnalités publiques, comme le chanteur populaire Nihat Dogan qui s'est aussi illustré sur le sujet via un tweet récent. "Le principe de provocation injuste a été supprimé de la loi mais se maintient dans les faits, et, surtout, dans la mentalité des juges."

 

Et aussi dans celle des hommes politiques turcs, qui multiplient les phrases malheureuses : le maire d'Ankara, Melih Gökçek, a, par exemple, estimé à plusieurs reprises que l'avortement d'une femme était bien plus grave que son viol. Le président Recep Tayyip Erdogan lui-même a affirmé ne pas croire en l'égalité hommes/femmes, alors que son ministre de l'économie Mehmet Simsek, a appelé les femmes à arrêter de travailler pour endiguer le chômage. Bülent Arinç, le vice-premier ministre, avait également demandé aux femmes de ne pas rire trop fort en public, pour éviter d'attirer l'attention.

 

Le gouvernement s'est tout de même publiquement indigné contre le meurtre de la jeune étudiante, certains ministres appelant au rétablissement de la peine de mort. "Ce n'est pas la solution, réplique l'avocate. Ce qu'il faut,  c'est changer la mentalité de ceux qui doivent appliquer le droit et la justice."

 

Cette affaire met également en lumière un sentiment de stigmatisation communautaire : "Les femmes souffrent, partout en Turquie, mais elles souffrent d'autant plus lorsqu'elles ne respectent pas le code vestimentaire de la religion dominante", continue la juriste, mettant en cause un ostracisme des minorités ethniques ou religieuses, au sein desquelles les femmes ne portent souvent pas le voile. Une ethnicisation qu'a déplorée le père de la victime, interrogé par la chaîne de télévision Ahaber, appelant plutôt à se focaliser sur la question de la violence faite à toutes les femmes en Turquie : "Que personne n'entraîne le sujet dans une autre direction, qu'on nous laisse avec notre peine." En effet, cette famille appartient à la branche des alévis, des musulmans hétérodoxes et progressistes qui représentent 20 % de la population turque mais qui n'ont jamais été reconnus par l'Etat.

 

Luana Sarmini-Buonaccorsi

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