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12/09/18
17:10

Vers la pire «catastrophe humanitaire du XXIe siècle» à Idlib ?

Les bombardements s’intensifient à Idlib depuis le 8 septembre et font craindre aux Nations unies jusqu’à 800 000 déplacés. Mardi 11 septembre, le conseil de sécurité de l’ONU a appelé à éviter un tel massacre dans le dernier bastion d’insurgés.

Idlib pourrait devenir « la pire catastrophe humanitaire du XXIème siècle ». C’est en ces termes que Marc Lowcock, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires aux Nations unies, a alarmé lundi 10 septembre. Pour Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, la situation pourrait se transformer en véritable « bain de sang » si le régime du président Bachar Al-Assad et les forces russes décident d’intensifier leurs frappes contre la province. En proie à des combats toujours plus intense depuis 2011 cette bataille pourrait s’avérer encore plus meurtrière que les précédentes.

Idlib comme dernier refuge

Dernier bastion de la rébellion syrienne, la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, accueille, depuis le début du conflit syrien il y a sept ans, des réfugiés venant de l’intégralité du pays, djihadistes comme civils. Un million et demi de personnes y ont trouvé refuge, doublant ainsi la population de la province. Parmi eux, se trouvent près d’un million d’enfants. Si les forces gouvernementales décidaient d’attaquer, les civils présents sur place se retrouveraient sans réelle échappatoire. Si certains décident de fuir vers la Turquie voisine ils risquent également de se retrouver piégés entre les forces du régime et les djihadistes. En effet, Ankara accueille déjà trois millions de réfugiés syriens et ne veut plus ouvrir ses portes.

800 000 déplacés ?

La bataille d’Idlib n’a pas encore officiellement commencé mais le sud de la province, fait déjà face à des bombardements de grande ampleur. 30 000 personnes ont fui depuis début septembre vers le nord d’Idlib ou le reste de la Syrie. L’ONU estime que ce conflit pourrait faire jusqu'à 800 000 déplacés. Une offensive des forces du régime mettrait en péril le bon fonctionnement de l’acheminement de l’aide humanitaire déjà chaotique depuis la Turquie. Face à la tension croissante, Antonio Guterres a exhorté les trois garants de l’accord d’Astana signé le jeudi 4 mai, la Turquie, l’Iran et la Russie à préserver les services de base tels que les hôpitaux et à assurer le plein respect du droit international humanitaire.

L’impasse des négociations internationales

Les accords d’Astana prévoyaient de faire d’Idlib la dernière « zone de désescalade » en Syrie. Vendredi 7 septembre, les présidents russe, turc et iranien ont campé sur leur position. La proposition turque de cessez le feu a été rejeté par la Russie et l’Iran, alliés du régime de Damas, qui estiment que celui ci est en droit de reprendre par la force le contrôle de son territoire. Face à l’échec de ces négociations et l’ensemble des facteurs de risque à Idlib, le conseil de sécurité s’est réuni mardi 11 septembre à Genève et a souligné le besoin de faire avancer le processus de pourparlers enclenchés à Genève sous l’égide de son envoyé spécial pour la Syrie, Staffan de Mistura.

Ecraser la région

L’attaque imaginée par la dictature sanguinaire de Damas prévoit de frapper dans un premier le temps le sud de la province qui abrite les rebelles du Front de Libération Nationale (FLN). Ces rebelles devraient, selon les experts, se rendre rapidement. La situation est en revanche totalement différente au nord. La deuxième phase du plan de bataille des forces gouvernementales prévoit d’attaquer la partie nord de la province qui est dominée, depuis le printemps 2018 par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham, issu de l’ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie. D’autres groupes, non-syriens, sont également prêts au combat. Parmi eux des combattants venus d’Ouzbékistan, de Tchétchénie et de la région autonome ouïghoure en Chine. Jean-Yves Le Drian estime que ces djihadistes « se réclamant plutôt d’Al- Qaïda […] sont entre 10 000 et 15 000 ».

Ces djihadistes étrangers ont aiguisés leur capacité de combat dans d’autres conflits. Sam Heller, analyste à l’International Crisis Group, explique à l’Agence France-Presse que ces personnes acculées dans la province d’Idlib sont déterminées à mourir au combat. Fabrice Balanche, spécialiste du Moyen-Orient ajoute, dans un article du Figaro: « La première offensive [contre les rebelles] dans le Sud devrait causer relativement peu de victimes civiles, car la population possède la possibilité de se réfugier dans le Nord de la province, à la frontière turque. La deuxième offensive devrait être d'une toute autre ampleur et pourrait causer une véritable catastrophe humanitaire ».

La chute d’un symbole

Au delà des pertes humanitaires, la bataille d’Idlib est aussi une bataille symbolique. Le régime syrien, soutenu par la Russie et l’Iran, a déjà repris les deux tiers du pays. Cette victoire scellerait la fin de la reconquête du territoire. Fabrice Balanche estime que « les mises en garde et protestations des pays occidentaux et de l'ONU n'ont aucune influence, car Damas, Moscou et Téhéran veulent en finir avec la rébellion. »

Tifenn Clinkemaillié

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