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Troïka, mère la rigueur

Baisse des dépenses publiques et augmentation des prélèvements obligatoires sont les incontournables des plans de rigueur en Europe. Dans les trois pays qui bénéficient d’un plan de sauvetage – Grèce, Irlande et Portugal -, les inspecteurs de la Troïka (BCE, Commission européenne et FMI) examinent à la loupe les budgets. Tous les trois mois, le verdict tombe sous la forme d’un rapport. Le document contrôle l'application des engagements contractés et détaille les mesures fiscales et les coupes budgétaires supplémentaires auxquelles doivent se plier les parlements nationaux.

Ces « ajustements budgétaires », les pays sous perfusion n’ont d’autres choix que de les appliquer. Sans cela, les prêts consentis via les plans de sauvetage ne sont pas débloqués, et les gouvernements sont condamnés à cesser leurs paiements et à faire défaut face aux créanciers qui détiennent leur dette publiques.

PIB en baisse

Administrées dans un contexte de crise économique, ces mesures d’austérité particulièrement restrictives mènent invariablement à la récession, puis à la baisse du PIB. C’est ce que détaille un dossier de l’Insee sur les effets des « resserrements budgétaires » en Europe. D’un côté, l’augmentation des taxes, des impôts conjugués à la baisse des transferts sociaux plombent la consommation des ménages. De l’autre, le relèvement de la fiscalité des entreprises combiné à la baisse de leurs subventions les rend moins compétitives. Entre 2008 et 2010, le PIB de l’Irlande a chuté de 15,4 % et celui de la Grèce de 2,5 %. Pour 2011, Athènes devrait encore perdre 6 % de son PIB. Seul celui du Portugal a enregistré une très faible croissance de seulement 0,5 %, mais serait entré en récession en 2011.

François Régnier

 

 

 

Ensuite, le travail des experts de Finance Watch est le même que celui des lobbies bancaires.« Nous participons à des auditions, allons à la rencontre des membres de la Commission, des députés, du Conseil pour présenter nos positions sur les législations en cours. Mais on ne se contente pas de positions générales : nous allons les voir avec des détails complexes pour parler le même langage que les régulateurs et nos homologues des lobbies financiers », racontent deux experts de l'organisation. Il est important de maitriser ce langage financier, car les effets de la régulation se cachent dans des pages et des pages de formules mathématiques. Ainsi, des changements qui peuvent paraître minimes ont souvent un impact conséquent sur l'économie réelle.

« David contre Goliath »

Pour Finance Watch, il ne s'agit pas de combattre le modèle capitaliste. « Le but, c'est de faire en sorte que quoi qu'il se passe sur les marchés financiers, il n’y ait plus à l’avenir d’impact négatif sur l’économie réelle », affirme Greg Ford. Ce travail de contre-expertise relève du challenge car l'environnement macroéconomique évolue très rapidement. «Beaucoup de médias ont titré David contre Goliath à notre sujet , glisse Greg Ford en souriant. Pourtant nous avons un avantage, les décideurs politiques veulent entendre notre voix et pour nous la porte est grande ouverte. »

Tout le monde n'est pas convaincu par ce chevalier blanc du lobbying. « Je leur souhaite bien du plaisir avec leurs membres, car ils n'ont pas un groupe facile. Attac, ce sont des extrémistes qui grimpent au rideau à n'importe quelle occasion », estime Florence Rançon, chargée de communication de la fédération européenne des banques, un des plus grands lobbies financiers.

A l'opposé, Corporate Europe, un observatoire qui se bat contre la toute puissance des lobbies, ne participe pas à Finance Watch, alors qu'ils avaient pris part à sa fondation. Yiorgos Vassalos, membre de Corporate Europe explique cette décision : « il faut payer pour participer, alors que c'est justement parce que les ONG n'avaient pas assez d'argent pour avoir des experts en finance qu'on avait lancé Finance Watch. Il nous semble également étrange que le contre-lobby veuille être indépendant des ONG, alors qu'elle reste très proche des institutions. »

Elsa Sabado et Jessica Trochet à Bruxelles

 

 

 

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Alors que la crise est à son paroxysme, le débat et les actes publics se concentrent autour de possibles mesures, coercitives et concertées, de réduction de la dette publique. Le volet bancaire est laissé dans l'ombre. Voilà pourtant plus de quatre ans que l'Europe traverse une crise bancaire systémique, souligne l'économiste Nicolas Veron, membre du think-tank Bruegel. Selon lui, c'est à celle-ci qu'il faut s'attaquer. Pour cela il convient de rompre les liens incestueux entre gouvernements et banques nationales, qui sont les vecteurs du mouvement de contagion actuel.

Nicolas Veron
préconise un «fédéralisme bancaire» pour l'Eurozone. Ce système reposerait sur quatre piliers: la création d'une garantie européenne unique des dépôts, le renforcement de l'autorité de supervision bancaire européenne, l'abandon d'une part de leur souveraineté par les Etats et la création d'une société fiduciaire européenne.

Pour commencer, il s'agirait de placer tous les systèmes nationaux d'assurance des dépôts sous la garantie du Fond européen de stabilité financière (FESF) afin de réduire le risque de paniques bancaires dans les pays en difficulté.

Parallèlement, les pouvoirs de supervision de la nouvelle autorité bancaire européenne (EBA) devraient être renforcés. Elle exercerait ainsi une autorité directe sur les grandes banques et délèguerait aux superviseurs nationaux la surveillance des établissements locaux et des opérations locales des établissements paneuropéens.

De leur côté, les gouvernements devront consentir à l'abandon d'une part de leur ressources politiques afin qu'une véritable intégration régionale puisse émerger. Aujourd'hui, la plupart des grands États d'Europe occidentale empêchent les fusions bancaires transfrontalières et contribuent au renflouement des établissements nationaux, en les contraignant en échange à racheter leurs dettes souveraines. Il n'en serait plus question.

Pour accompagner ces changements structurels, les 17 pourraient aussi décider de créer une société fiduciaire à l'échelle de la zone euro pour un temps limité. En lien avec l'EBA, celle-ci serait chargée de prendre le contrôle des banques en mal de refinancement, de réorganiser leurs opérations et de les revendre dès que les conditions du marché le permettraient.

Floriane Leclerc

Le Premier ministre britannique, David Cameron, entend défendre la City face à l'Eurozone. (DR Le Conseil de l'Union européenne)

Son nouveau fonctionnement

  • La zone euro se dote de son propre conseil européen. Des sommets seront organisés au moins deux fois par an, dans le sillage de ceux du Conseil européen à 27. Ils se tiendront tous les mois le temps que durera la crise.
  • Ce conseil européen de la zone euro est doté de son propre président, qui assure la continuité de ses travaux. Herman Van Rompuy assure la fonction jusqu'à la fin de son mandat comme président du Conseil européen, au 19 mai 2012. A cette date, les 17 chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro désigneront le président de leur propre conseil pour deux ans et demi. Il aura aussi pour fonction d'informer de la préparation et des résultats des sommets les autres Etats membres de l'UE et le Parlement européen.
  • L'Eurogroupe, conseil des ministres des finances de la zone euro, est chargé de préparer les sommets et d'assurer le suivi des décisions.
  • Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois, est président de l'Eurogroupe jusqu'au 18 juillet 2012. A la fin de son mandat, la décision pourrait être prise d'élire un président à plein temps, basé à Bruxelles.
  • Les réunions mensuelles entre Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso et Jean-Claude Juncker sont institutionnalisées. Le président de la BCE, Mario Draghi, et celui du FESF/MES (le Fonds européen de stabilité financière et le Mécanisme européen de stabilité), Klaus Regling, pourront y être conviés.
  • Le groupe de travail de l'Eurogroupe, composé des directeurs du Trésor et des gouverneurs des banques centrales nationales est doté d'un président permanent, élu et basé à Bruxelles, qui par principe sera également le président du Comité économique et financier (CEF). Actuellement, jusqu'au printemps 2013, Vittorio Grilli, directeur général du Trésor italien, assure cette fonction.
  • Pour ses travaux préparatoires, il s'appuie sur l'expertise de la Commission.
  • Le CEF est doté de davantage de personnel afin d'aider le président du Conseil européen de la zone euro et celui de l'Eurogroupe dans leurs tâches.
  • Herman Von Rompuy et José Manuel Barroso sont chargés de la communication des décisions prises lors des sommets de la zone euro. Jean-Claude Juncker et Olli Rehn communiqueront sur celles faisant suite aux réunions de l'Eurogroupe.

        Marion Garreau

 

« Je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Les liens entre l’Agence France Trésor (AFT), gestionnaire de la dette et les banques sont très étroits. D’un côté, l’Etat a besoin d’argent pour se financer. Mais pas à n’importe quel prix.  L’AFT a alors besoin des SVT (spécialistes en valeur du Trésor). Ce club très fermé, qui compte aujourd'hui 20 membres, est un réseau d’établissements bancaires partenaires (Crédit Agricole, BNP, Société Générale, Goldman Sachs, etc) chargé de vendre et d'acheter de la dette française.

De l’autre, ces banques ont besoin du « label SVT ». Un gage de reconnaissance. De prestige. Et de vitrine sur les marchés. « En étant SVT, on a des relations privilégiées avec d’autres institutions, d’autres administrations. Cela nous donne plus de visibilité sur les marchés », explique Raoul Salomon, SVT chez Barclays. En clair, c’est un accès privilégié et direct à l’Etat.

Mais ce « donnant-donnant » est un bras de fer constant. Personne ne veut perdre la main dans ce jeu. « L’Etat doit gérer une tension entre l’intérêt de l’Etat pour un réseau performant et concurrentiel des banques dédiées et l’intérêt propre de ces banques à l’adhésion de ce club », analyse Benjamin Lemoine, chercheur à l’Ecole des Mines sur la gestion de la dette.

Une concurrence exarcerbée

Du coup, le système de vente de l’AFT est volontairement très concurrentiel. Elle propose un lot de dettes aux SVT. Ces derniers misent dessus, sans connaître les enchères des autres grossistes. Les SVT ont alors tendance à offrir des prix très élevés, car elles veulent absolument remporter la "loterie". Une enchère coûteuse. Et souvent à perte. « Ce métier ne rapporte presque rien », précise Raoul Salomon, SVT chez Barclays.

Ces vingt banques se livrent une compétition acharnée. Car leur activité est scrutée de près par l’AFT et soumise à une charte détaillée. Tous les ans, la direction du ministère des Finances publie un classement, sous forme de bons points attribués aux meilleurs élèves. Une notation basée sur deux critères principaux: « le premier est quantitatif : présence aux enchères, volume de dettes achetées, diversité des produits. Le second est qualitatif : innovation vis-à-vis du Trésor, participation des banques aux réunions », explique un SVT. 

Des positions risquées

Dans cette période de crise, cette dépendance n’a pas toujours servi les intérêts français. Certes le trésor a continué à emprunter à des taux historiquement bas:  2,44% en moyenne au quatrième trimestre 2011, selon le bulletin de l'AFT. Le « made in France » de la dette constitue en effet toujours une valeur refuge dans la zone euro. Les tensions sont pourtant palpables. « Au mois de novembre, on avait du mal à trouver des acheteurs. C’était délicat. L’écart des taux avec l’Allemagne sur les émissions de dette a inquiété les marchés », précise Régis Barre, SVT à la Commerzbank. Face à l'éclaircissement des rangs des acheteurs, ces derniers mois, quelques SVT ont parié à la baisse sur la dette française. « Certains SVT ont même proposé des ristournes avant d’aller aux enchères », déplore M. Salomon.

D’autres ont « shorté » la dette. Une pratique courante. Ce mécanisme consiste à posséder un titre sans l’avoir acheté. « Je vais devoir livrer un bon à un acheteur. C’est mon métier. Mais j’emprunte seulement la valeur de ce bon. Si mes anticipations sont justes, je débloque le short, je récupère la valeur de mon titre, et j’en achète un moins cher. », raconte M. Barre.  Sauf que cela revient une nouvelle fois à parier à la baisse sur les titres français. Plusieurs banques souhaiteraient aujourd'hui modifier le mode d’enchère. Un moyen de prendre moins de risque. Tout en conservant des avantages significatifs.

Benjamin Edgard À paris

 

 

Surtout, la déclaration des 26 cache de nombreuses divergences sur ce que ses signataires peuvent faire ensemble. L'exemple du pacte Euro Plus, conclu en mars 2011 entre les chefs de gouvernement  de la zone euro et six autres aspirant à la rejoindre est édifiant. L'idée était de renforcer la convergence dans des domaines non monétaires, dont la fiscalité ou l'emploi, en s'entendant sur une procédure plus souple que la coopération renforcée prévue par le traité de Lisbonne. Raimundas Karoblis, représentant permanent de la Lituanie auprès de l'Union européenne, ne cache pas que l'adhésion à ce pacte a permis à son pays de donner l'image d'un bon élève, indispensable pour qui souhaite entrer dans l'euro. Mais le fiscal lui pose problème comme à beaucoup d'autres. «C'est pour cette raison que la Hongrie n'a pas encore adhéré au pacte», confirme Márton Hajdú, de la Représentation permanente de la Hongrie auprès de l’Union européenne. Un diplomate européen renchérit : «Les non-euros vivent avec la crainte d'une Europe à deux vitesses. Alors, pour éviter la déchirure, certains sont montés à bord. Sans être forcément d'accord sur certains points. On n'a pas voulu opposer les 17 aux 27 et on se retrouve avec cet ovni juridique, le troisième bloc à 23.» Au sein même d'un groupe à l'apparence solide, la mise en place de mesures concrètes s'annonce donc incertaine.

Anna Benjamin / Victor Patenôtre À Londres
Magali Fichter / Fanny Bleichner À Bruxelles

 

 

La manipulation des cours par la diffusion de fausses informations est un délit, réprimé en France par l'Autorité des marchés financiers (AMF). «Toute personne doit s’abstenir de communiquer, ou de diffuser sciemment des informations, quel que soit le support utilisé, qui donnent ou sont susceptibles de donner des indications inexactes, imprécises ou trompeuses sur des instruments financiers (Arrêté du 2 avril 2009) « ... », y compris en répandant des rumeurs ou en diffusant des informations inexactes ou trompeuses, alors que cette personne savait ou aurait dû savoir que les informations étaient inexactes ou trompeuses».

Selon une source interne, l'AMF dispose d'une équipe de 20 personnes dédiée à traquer les délinquants. Elles s'appliquent, au sein du service de la surveillance des marchés, à détecter les mouvements de marché suspects, dus notamment aux rumeurs qui se répandent à travers internet. Ils sont par ailleurs attentifs aux réseaux sociaux et aux forums de discussions.
Mais la vitesse de la propagation des rumeurs, de même que la difficile localisation de leur origine rendent très aléatoire la réussite de ce travail de Sisyphe.

Clothilde Hazard

 

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