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Trois régions, trois moteurs. Aux côtés du territoire alsacien, deux autres entités se démarquent : l'axe Thionville-Metz-Nancy-Epinal – le sillon mosellan – et l'agglomération de Reims. D’importances différentes, ces pôles dynamiques peuvent s’avérer complémentaires pour la grande région.

Taux d'emploi (en %)

 

Le sillon mosellan, un couloir dynamique

Après une période difficile de désindustrialisation, la Lorraine a connu une reconversion tertiaire entamée dans les années 1980. Né de ce changement, le sillon mosellan est un axe urbain orienté Nord-Sud, qui suit le double cours de la Moselle et de son canal, entre Thionville et Epinal. Acteur central de la future Acal, il est doté de deux grandes aires urbaines, celles de Metz et de Nancy, et concentre plus de 600 000 habitants.

Les deux agglomérations messine et nancéienne constituent les principaux pôles d'emploi de la région. « Dans le sillon lorrain, il y a de fortes mobilités domicile-travail. Les Messins vont travailler à Nancy, et inversement. Ce sont surtout des populations qualifiées, avec une concentration de cadres et de professions intellectuelles supérieures », confirme Julien Gingembre, géographe à l’université de Lorraine. La carte de proportion des cadres et professions intellectuelles supérieures montre que la plus grande partie des cadres se trouve dans le sud de l’axe : 25,5 % à Nancy contre 17,6 % à Metz. Soit légérement plus que la moyenne nationale qui se situe à 16,7%.

Proportion des cadres en Acal sur la population active (en %)

 

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Cette répartition s’explique par les choix de développement des deux villes. Metz, implantée dans l’ancien bassin sidérurgique, a profité de sa reconversion vers le commerce et les services, notamment par sa proximité avec le Luxembourg. Nancy, plus axée sur le couloir mosellan, a une économie portée par l’administration publique, l’enseignement, la santé et l’action sociale qui rassemblent 40,5% des emplois. Le commerce, les transports, et les services en totalisent 46%. Un dynamisme qui attire les étudiants lorrains, trois-cinquièmes d'entre eux sont concentrés à Nancy. « Le sillon lorrain a été créé pour peser entre Paris et l’Alsace. Cette vocation va s’intensifier pour rivaliser avec Strasbourg dans le cadre de la grande région », assure Julien Gingembre. Si ce territoire parvient à contrebalancer le poids de la capitale alsacienne, c’est parce que les agglomérations ont réussi à trouver une certaine cohérence malgré des réalités différentes.

Bastions rouges dans la grande région bleue

Dans l’Acal, le sillon mosellan se distingue également par sa particularité électorale : de la frontière luxembourgeoise à Epinal on vote fortement à gauche. La carte des résultats additionnés de François Hollande et Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle de 2012 souligne ce comportement électoral singulier au sein de ce territoire.

Résultats cumulés de François Hollande et Jean-Luc Mélenchon (en %)

 

Le vote socialiste devient en partie un vote citadin, explique Etienne Criqui, professeur en sciences politiques à l'université de Lorraine. « L’électorat socialiste s’est métamorphosé, le vote de gauche séduit désormais les cols blancs. » De plus, la présence de bastions communistes en Meurthe-et-Moselle et à la frontière avec le Luxembourg influence encore aujourd’hui le comportement électoral du territoire.

Reims, trait d’union entre l’Île-de-France et l’ACAL

A l’extrême ouest de la grande région, forte de ses 179 992 habitants, Reims est la deuxième ville de la nouvelle grande région. Sa principale force réside dans sa proximité avec Paris. Depuis l’ouverture de la ligne grande vitesse (LGV) en 2007, elle n’est plus qu’à 40 minutes de la capitale. Elle compte ainsi se positionner en porte d’entrée de l'Acal.
Pour faire le trait d’union entre Paris et Strasbourg et contrebalancer la prédominance des zones dynamiques alsaciennes et lorraines, la métropole de Reims se rapproche de Châlons-en-Champagne. Les deux villes souhaitent s’unir au sein d’une même communauté urbaine, qui compterait environ 300 000 habitants. L’union devrait être actée dans les prochains mois.
Le sillon mosellan et l’agglomération rémoise ont toutes les capacités pour être des moteurs de la grande région. Mais ils n’atteignent ni la densité de population, ni le niveau de richesse du territoire alsacien qui s’impose comme le pôle économique principal. C’est d’ailleurs Strasbourg qui a été retenue comme capitale régionale.

Audrey Altimare, Romain Boulho, Justin Delepine, Hélène Gully, Mathilde  Loire

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