Croquer la faune et la flore
“C’est ma forêt de cœur", confie l’artiste issue de la Haute école des arts du Rhin (Hear). Elle retourne souvent auprès de trois arbres qui la touchent particulièrement, un très vieux pommier, un peuplier noir, un grand chêne. Ils reviennent dans nombre de ses œuvres: un trait adroit d’encre noire pour le peuplier, une forme brune plus confuse à l’aquarelle pour le chêne, une courbe ocre décidée pour le pommier. Assise sur un banc ou perchée sur un observatoire à oiseaux, Éliane Karakaya s'imprègne le plus possible de “la vitalité que la forêt a en elle, son énergie”. Au crayon, elle croque ce qui l’inspire dans son carnet pour laisser libre cours à son imagination, une fois rentrée à son atelier.
"Là, je vais travailler sur un guide des balades pour Strasbourg. C’est typiquement l’occasion de me balader à la forêt de la Robertsau”, s’enthousiasme Valentine Plessy. Sur place, elle utilise son savoir pour identifier les animaux qu’elle guette. Si je cherche une libellule, je ne vais pas regarder n’importe où, je sais sur quel arbre elle va se poser, ce qu’elle va faire.” Mais elle ne peut pas toujours “travailler en direct”, la forêt de la Robertsau ne recelant pas toutes les espèces que lui demandent de dessiner les revues Salamandre et Terre Sauvage avec lesquelles elle collabore.
La gravière du Blauelsand attire toute l'année des Strasbourgeois qui veulent pratiquer la nature à bras le corps: en été, les naturistes y profitent du soleil, en hiver, les adeptes des bains glacés y bravent le froid.
Cet ouvrage ingénieux et ce savoir-faire artisanal sont voués à disparaître au profit d’une structure automatisée, un barrage à clapets contrôlé à distance par ordinateur. Un aménagement plus sécurisé et qui nécessite moins de main-d'œuvre. Le chantier, qui doit débuter en avril ou mai 2022, bénéficie d’un budget prévisionnel de trois millions d’euros.
“Allier la conservation du patrimoine et le style d’habitat d’aujourd’hui”
Face à l’essor de constructions modernes en béton et en acier, une bâtisse fait de la résistance. Au 2, rue des Fleurs, à deux pas du Conseil de l’Europe, se trouve la plus vieille habitation à colombages de la Robertsau. Érigée en 1686 par Hans Hahn, boucher et adjoint au maire, elle a été inscrite aux bâtiments historiques en 1984. “Je suis un descendant direct de la personne qui a construit la maison”, s’enorgueillit Claude Hieronimus, l’actuel propriétaire. Retraité de l’informatique, il a pris la décision de restaurer son bien en 2017. Le chantier devrait débuter au printemps 2022.
Un savoir-faire en voie de disparition
Passionné, Joël Dimblé connaît tous les secrets du fonctionnement de l’ouvrage, qui se situe au nord du pont Zaepfel, juste derrière la Cour européenne des Droits de l’Homme. Le principe est simple: des aiguilles en bois abaissées dans l’Ill régulent son niveau et son débit, leur nombre variable permettant à un volume d’eau plus ou moins important de quitter la ville. Un travail réalisé entièrement à la main, chaque jour, par les agents de VNF. L’avantage de ce système est sa précision: “Vous pouvez régler le niveau de l’eau au millimètre près”, développe Joël Dimblé. Il présente cependant un inconvénient: l’effort physique à fournir et le niveau de savoir-faire à acquérir. Joël Dimblé, lui, le maîtrise sur le bout des doigts. Tout juste après s’être aventuré sur le barrage pour retirer trois mètres d’aiguilles, soit 15 pièces, il explique qu’il "faut vraiment tirer d’un coup. Si on s’arrête, l’aiguille va être prise dans le courant et vous tirer vers l’avant”. D’où un équipement adéquat, composé d’un harnais de sécurité et d’un gilet de sauvetage en cas de chute. “Je ne sais pas si c’est à cause de ça que j’ai mal au dos”, sourit le barragiste.