Vous êtes ici

Accord UE-Israel : le Parlement fait l'autruche


30 avril 2026

En plein conflit au Moyen-Orient, la question reste à la porte de l’hémicycle : faut-il suspendre l’accord d’association avec Israël ? La droite refuse d’en débattre au Parlement européen, malgré une pétition. 

Iratxe Garcia Perez, présidente des Socialistes et Démocrates (S&D, gauche) a évoqué la suspension de l'accord UE-Israël lors du débat  sur la guerre au Moyen-Orient. © Union européenne

« Nous n’allons pas nous taire. Nous exigeons des actes. Il faut suspendre l’accord d’association avec Israël. » C’est ainsi qu’Iratxe Garcia Perez, présidente des Socialistes et Démocrates européens (S&D, gauche), a interpellé ses collègues dans l’hémicycle du Parlement européen, en réponse aux guerres menées par le gouvernement israélien à Gaza et au Liban. Au même moment, des députés de son groupe brandissaient des pancartes à l’entrée de l’assemblée exhortant leurs collègues à agir.

Pourtant, la suspension de l’accord de partenariat Union européenne (UE)-Israël n’a pas été débattue officiellement, les partis de droite ayant bloqué sa mise à l’ordre du jour. Ils estiment qu’ouvrir ce débat enverrait un mauvais signal politique en pleine guerre au Moyen-Orient. Pour la députée allemande Hildegarde Bentele (PPE, droite), « la suspension nous fragiliserait économiquement et réduirait nos leviers de négociation ».

Un accord remis en question 

L’accord de partenariat, signé en 1995, permet le maintien d’un lien renforcé sur deux volets : politique et économique. Ce dernier inclut notamment un allègement des droits de douane, ce qui fait de l’UE le premier partenaire commercial d'Israël. En 2024, 34 % de ses importations provenaient du marché européen. La condition sine qua non pour garantir le partenariat : le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques inscrits dans son article 2. Or depuis septembre 2025, la suspension au moins partielle de cet accord est soutenue ouvertement par Ursula Von der Leyen. En effet, une commission d’enquête mandatée par l’Organisation des nations unies avait alors imputé à Israël quatre des cinq catégories de faits qui définissent le crime de génocide. 

Négociations en suspens 

La suspension partielle est depuis restée dans les couloirs. Mardi 21 avril 2026, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères, la proposition a de nouveau été débattue. L’Espagne, l’Irlande et la Slovénie poussent encore pour un rééxamen du respect de l’article 2 en raison « des violations continues de l'accord de cessez-le-feu, de l'escalade de la violence en Cisjordanie, des attaques contre la population civile au Liban et de l'approbation de la peine de mort par le Parlement israélien ». 

L’Allemagne, la Hongrie, l’Italie et la République tchèque y restent opposés. Parmi les motifs invoqués : l’impact sur le peuple israélien, des raisons historiques, d’alliance, ou encore le fait que la suspension bloquerait toute négociation avec Israël. Faute de consensus, les Vingt-Sept explorent désormais des mesures alternatives, comme l’interdiction des importations en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie. La France et la Suède ont ainsi cosigné un document invitant la Commission à étudier la faisabilité d’instaurer des droits de douane sur ces produits. 

Une pétition « record » 

Face au blocage institutionnel, la gauche mise sur la pression citoyenne pour suspendre l’accord avec Israël. Une initiative citoyenne européenne (ICE) lancée par le groupe The Left (gauche radicale) a déjà réuni près de 1,2 million de signatures, « un record dans l’histoire de l’UE », selon la co-présidente, Manon Aubry, qui veut remettre le sujet sur la table dès la prochaine session. « Ce que les États se refusent à faire, les citoyens pourront les y contraindre. » 

L’ICE oblige entre autres la Commission à réexaminer la question. Le débat devrait ainsi revenir au Parlement et au Conseil des ministres au rythme lent des procédures européennes. Mais la guerre n’attend pas : Israël maintient son emprise sur le Sud-Liban et les raids aériens se prolongent à Gaza. Plus de 70 000 Palestiniens et 1 200 Israéliens ont trouvé la mort depuis le début du conflit en octobre 2023. Au Liban, le bilan dépasse les 2 500 morts et 7 800 blessés.

Salomé Fabre et Emma Simon

Imprimer la page