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La sécurité énergétique de l'UE à l'épreuve de la crise au Moyen-Orient


30 avril 2026

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient en février 2026, les factures d’énergies de l’Union européenne s'alourdissent, conséquence de sa dépendance aux combustibles fossiles importés. Réunis ce matin dans l'hémicycle, les eurodéputés ont débattu de la sécurité énergétique, plus que fragile, du Vieux Continent.

« Il y a une réalité difficile à laquelle il va falloir faire face pendant des mois voire des années », a sobrement déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen ce mercredi 29 avril 2026 lors du débat sur la crise au Moyen-Orient et ses répercussions économiques sur l'énergie. L’envolée des prix grève le budget des Européens : en 61 jours de conflit, la facture énergétique de l’Union européenne (UE) s’est alourdie de 27 milliards d’euros. Bien que les pays du Golfe ne soient pas ses fournisseurs principaux, une partie importante des flux énergétiques mondiaux transitent par le détroit d’Ormuz, dont le gaz naturel liquéfié (GNL) consommé en Europe. Le blocage de cette voie névralgique perturbe l’acheminement du pétrole et du gaz, entraînant ainsi une hausse des prix. Le prix du baril de pétrole a grimpé de 60 % en deux mois ; celui du Mwh de gaz de 80 %.

L'Union européenne importe 58 % de l'énergie consommée sur son sol chaque année. © Parlement européen

Faciliter les aides gouvernementales 

Dans l’hémicycle de Strasbourg, la présidente de la Commission a rappelé les mesures du plan « AccelerateEU » présenté le 22 avril 2026. Dans l’immédiat, l’UE entend d’une part mieux coordonner ses achats de gaz afin d’éviter une concurrence entre États membres qui génère une hausse des prix. D’autre part, la Commission a annoncé un assouplissement temporaire et ciblé de l’encadrement des aides aux entreprises. Une mesure en réponse aux États qui réclamaient « des règles simples pour cibler les secteurs dépendant de carburants importés et les industries fortement consommatrices d'énergie » selon Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission en charge de la concurrence. L’Allemagne et l’Espagne ont ainsi opté pour une baisse de la fiscalité sur les carburants.

À long terme, l’urgence est de réduire la dépendance du continent aux énergies fossiles, ce qui aiderait aussi l’UE à tenir ses engagements en matière de climat. Ursula Von der Leyen a affirmé son ambition de mieux électrifier l'Europe, en interconnectant mieux les États entre eux pour faciliter la circulation de l’électricité décarbonée. Pour cela, elle incite à voter le « paquet réseaux », train de mesures présenté en décembre 2025. « Nous devons entamer une transition électrique dans les transports, l’industrie et le chauffage. Dans notre budget actuel, il nous reste 95 milliards à utiliser » a-t-elle détaillé.

 

Le « en même-temps » de la Commission

Face à cet enjeu d’indépendance énergétique, les parlementaires sont unanimes : il faut produire sur le sol européen. Mais reste à choisir quel mix énergétique adopter. Le Parti populaire européen (PPE, droite) soutient la Commission dans son jeu d’équilibriste. Manfred Weber, chef de file du groupe, estime d’un côté que « ce sont les énergies renouvelables qui doivent jouer un rôle essentiel » et de l’autre qu’il faut « une base nucléaire solide pour que la souveraineté soit au rendez-vous ».

Un en « même-temps » qui fait réagir les oppositions. Les Socialistes et Démocrates (S&D) ainsi que les Verts (écologistes) dénoncent le recul du groupe conservateur sur le Pacte vert. Impulsé en 2019, ce pacte devait garantir un ensemble de mesures visant à réduire les émissions de CO2 d’au moins 50 % d’ici 2030, notamment grâce au déploiement des énergies renouvelables. Sauf que celui-ci a été considérablement allégé début 2025 au profit de mesures en faveur de l’industrie et de la compétitivité. Selon Iratxe García-Pérez (S&D, gauche), il « n’est pas le problème, mais doit rester la solution ». À l’autre bord de l’échiquier, les eurodéputés des groupes Conservateurs et réformistes européens (ECR, droite souverainiste) et Europe des nations souveraines (ESN, extrême droite) ont quant à eux dénoncé l’inaction de la Commission en matière d’énergie nucléaire jusqu’en 2022.

Cette année-là, la crise causée par à l’invasion de l’Ukraine a violemment affecté l’économie européenne, contraignant les pays membres à mobiliser 650 milliards d’euros d’aides d’État d’urgence, selon le think-tank Bruegel. Aujourd’hui, les marges budgétaires sont considérablement réduites. La Commission européenne entend donc améliorer ses dispositifs d’aides d'État, en les limitant notamment aux secteurs les plus vulnérables à la flambée des prix. En 2022, « seuls 25 % des aides avaient été correctement ciblées » a rappelé Ursula von Der Leyen. Bruxelles entend ainsi tirer les leçons de la crise passée.

Héloïse Lartia  et Clément Vaillat

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