13 mars 2025
Témoin du soutien instable de Washington à l’Ukraine, l’Union européenne s’inquiète de la pérennité de sa propre défense. Adopté ce mercredi 12 mars au Parlement européen à Strasbourg, le plan ReArm Europe de 800 milliards d’euros apparaît comme un premier pas dans la nouvelle stratégie de sécurité européenne.
Un pas en arrière, un pas en avant. Face à la valse des États-Unis concernant leur aide militaire à l’Ukraine, l’Europe décide d’entamer un solo pour assurer sa propre sécurité. Le plan ReArm Europe, présenté et discuté pour la première fois le 6 mars dernier lors d’une réunion extraordinaire des chefs d’État européens, constitue la pièce maîtresse de cette nouvelle politique de défense commune.
Ce mardi 11 mars, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, ont fait un crochet par Strasbourg pour développer les contours de ce plan de réarmement devant les députés européens. 800 milliards d’euros vont être mobilisés. Actuellement, les pays de l’UE consacrent à la défense moins de 2% de leur PIB. L’objectif est de passer à 3% sur les quatre prochaines années. D’après la présidente de la Commission, cela permettra de dégager un budget de 650 milliards d'euros. En plus de cela, 150 milliards d’euros seront fournis sous forme de prêt pour financer les capacités de défense des Etats-membres.
La stratégie économique de ReArmEU s’inscrit ainsi à contre-courant de la politique du déficit minimal en place depuis des années. Le plan prévoit en effet d’autoriser les États-membres à déroger au pacte de stabilité et de défense, ce qui leur permettra de dépenser dans la défense sans être menacé de sanction en cas de déficit excessif.
Un « effet boule de neige » pour l’industrie de l’armement européenne
Les soutiens du plan ReArmEU évoquent un effet « boule de neige » qui permettra de réindustrialiser, rouvrir des chaînes de production et relancer l’industrie lourde. En France par exemple, la Fonderie de Bretagne (Lorient) se dirige vers cette stratégie. Cet ancien fournisseur de pièces pour Renault aujourd’hui en redressement judiciaire, pourrait très bien être repris par Europlasma pour fabriquer des obus.
Pour autant, ReArmEU ne fait pas l’unanimité. La présidente du groupe de gauche S&D, Iratxe García Pérez, défend le plan, mais plaide pour qu’il ne se fasse pas « aux dépens des dépenses sociales et de l’État providence qui sont à la base de l’État européen ». Le président du groupe d’extrême droite PfE, Jordan Bardella, estime que le programme « ne peut avoir de sens que s'il s’accompagne de la préférence nationale » dans l’achat des armements. De l’autre côté de l’assemblée, le député du groupe de gauche radicale The Left Danilo Della Valle, membre du Mouvement 5 étoiles italien, parle d’une « folie belliciste ». « Ce sont des milliards d’euros qui sont retirés à la santé au profil de la militarisation », a-t-il scandé dans l’hémicycle.
Le Mouvement 5 étoiles italien, manifeste contre RearmEu devant l’hémicycle à Strasbourg, 11/03/25. © Morgane JOULIN
William JEAN - Morgane JOULIN - Zoé FRASLIN