13 mars 2025
Des grands principes à suivre en matière de droits des femmes dans l’Union européenne ont été fixés grâce à une nouvelle feuille de route, discutée mardi 11 mars au Parlement européen. Cependant, l’absence de mention du droit à l’IVG questionne.
« Malgré les progrès engrangés, l’égalité pleine et entière entre les femmes et les hommes prendra encore des décennies, voire des siècles, au rythme actuel. » C’est en ces termes que Roxana Mînzatu, vice-présidente de la Commission européenne, a présenté aux eurodéputés, mardi 11 mars, une nouvelle feuille de route pour les droits des femmes. La Commission a défini une liste de huit grandes orientations à suivre, incluant la santé, l’éducation, l’emploi, la représentation politique, ou encore la lutte contre les violences. Le chapitre sur la santé des femmes, ajouté sous la pression des lobbys féministes, mentionne vaguement le droit de chaque femme à disposer de son corps. Théoriquement, ce droit permet à chacune de décider de façon autonome de sa vie sexuelle, d’avoir recours à la contraception ou encore à l’avortement. Pourtant, aucune mention de l’IVG dans la feuille de route.
L’eurodéputée écologiste Mélissa Camara des Verts européens trouve cette lacune regrettable. « L’IVG n’est pas qu’une question de santé, il faut rappeler que le droit à l’avortement est un droit fondamental. [...] La Commission a encore une fois fait le choix de la faiblesse », dénonce-t-elle. L’élue réclame davantage de textes législatifs contraignant les pays membres à légiférer sur l’accès à l’avortement, dans un contexte européen de montée de l’extrême-droite, opposée à l’IVG.
Un droit menacé en Europe
L’avortement est donc menacé au sein de l’Union. Si la plupart des pays européens l’autorisent aujourd’hui - il est légalisé ou dépénalisé dans 25 des 27 États membres, en dehors de Malte et de la Pologne -, en pratique, l’IVG reste fortement limitée dans certains pays.
En Italie, où gouverne le parti d’extrême-droite de Giorgia Meloni, la Première ministre a par exemple autorisé des associations anti-IVG à entrer dans les services de santé pour décourager les femmes d’avorter. Par ailleurs, l’objection de conscience permet aux gynécologues de refuser de pratiquer l’avortement, c’est le cas pour plus de 70% d’entre eux. Eleonora Cirant, militante italienne à l’Unione femminile nazionale, évoque d’autres problèmes d’accès : « Au manque d'informations stables et institutionnelles s'ajoute le dysfonctionnement des services, qui de plus ne sont pas répartis uniformément : plus de 40% des structures médicales ne pratiquent pas l'IVG. »
Mélissa Camara précise que ne pas protéger l’avortement, « c’est faire preuve d’une frilosité coupable, quand les droits des femmes reculent un peu partout », en Europe, mais aussi aux États-Unis, avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir.
Toujours utilisé dans les pays où l’IVG n’est pas autorisé, le cintre est encore aujourd’hui un symbole de la lutte pour le droit à l’avortement. © Eva Lelièvre
Le rôle des institutions européennes en question
En avril dernier, le Parlement a appelé à inscrire le droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE. Une résolution restée lettre morte depuis, car toute modification demande l’accord unanime des États membres. Cet objectif est partagé par l’initiative citoyenne européenne « Ma voix, mon choix », qui recueille aujourd’hui 1 200 000 signatures. Les regards se tournent désormais vers cette ICE, qui oblige la Commission à se saisir de la question pour en faire une proposition de législation. Mais le Parlement et le Conseil de l’UE pourront toujours la refuser, une possibilité à ne pas écarter au vu des nouveaux équilibres politiques à Strasbourg.
Cette feuille de route arrive trente ans après la Conférence de Pékin de 1995, qui avait obligé les 187 États signataires à mettre en œuvre des politiques publiques en matière d'égalité femmes-hommes. Elle semble pourtant n’être qu’un pas timide où la protection du droit à l’IVG fait défaut.
Pauline Braunstein et Eva Lelièvre