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Les eurodéputés ripostent contre les ingérences russes


10 mars 2022

Les parlementaires constatent la multiplication des ingérences étrangères, notamment russes, dans les démocraties européennes. Leur alerte trouve un fort retentissement dans le contexte de la guerre en Ukraine.

« C’est la naïveté des élites européennes qui a permis une perméabilité totale de nos démocraties aux ingérences. » Perché dans un salon du cinquième étage du Parlement européen, Raphaël Glucksmann, tasse de café à la main, accuse la Russie de s’immiscer dans les pays de l’Union. L’eurodéputé français social-démocrate est président de la commission spéciale qui vient de rendre un rapport sur les ingérences étrangères dans les démocraties européennes. Un document examiné avec attention après l’invasion russe en Ukraine.

« Une accélération du phénomène »

Selon le rapport, ces ingérences se manifestent sous forme de cyberattaques, de subversion des élites ou par le harcèlement de journalistes et de chercheurs. Les députés constatent « l’accélération du phénomène » et pointent surtout les risques liés à la désinformation. Des forces étrangères diffusent leur propagande à travers des chaînes d’État tout en manipulant les algorithmes des réseaux sociaux. Après l’invasion de l’Ukraine, la Commission européenne a justement banni les médias Sputnik et Russia Today, deux des principaux canaux de propagande russe.

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Raphaël Glucksmann présente les conclusions du rapport sur les ingérences étrangères au sein des démocraties européennes. © European Union 2022 - Source : EP

« Ces dernières semaines, le Kremlin a inversé les causes et les conséquences de l’invasion en Ukraine, en présentant la Russie comme la victime d’un génocide et le président ukrainien comme un criminel », s’est indigné dans l’hémicycle le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Le rapport a fait consensus parmi les membres de la commission spéciale, au-delà de leurs dissensions partisanes.

Des voix dissonantes

Mais la volonté européenne de suspendre les médias émetteurs de désinformation a suscité la crainte de plusieurs eurodéputés. « Le pouvoir de vie ou de mort sur les médias de la Commission européenne peut poser question, notre groupe [est] divisé sur ce rapport », a annoncé Manon Aubry, co-présidente du groupe européen d'extrême gauche (La Gauche). Au sein du même groupe, l’Irlandaise Clare Daly n’a pas hésité à citer le roman de George Orwell 1984 pour décrire une société où celui qui « n’a pas la même vérité se retrouve réprimé ». Même référence pour son homologue allemand d’extrême droite Nicolaus Fest (ID) : « Nous vivons dans une société dominée par la censure, comme dans 1984 de George Orwell. »

Raphaël Glucksmann, lui, rejette l’idée selon laquelle l’UE deviendrait un « ministère de la vérité ». Il justifie cette censure par la distinction faite entre médias et outils de propagande : « RT et Sputnik ne sont pas des médias, ce sont des outils qui font partie de l’arsenal de guerre de Poutine. Il faut donc réfléchir en termes différents. »

Dans leur rapport, les eurodéputés proposent des solutions pour lutter contre les ingérences. Ils demandent de renforcer la cybersécurité, interdire les dons étrangers lors des campagnes politiques et lutter contre la désinformation en allouant des moyens supplémentaires aux vérificateurs de faits. Les parlementaires plaident aussi pour développer l’éducation aux médias et « sensibiliser toutes les couches de la société à l’ingérence étrangère ».

Les eurodéputés ont voté la création d’une seconde commission sur les ingérences étrangères. Au cours de ce nouveau mandat, les élus vont continuer de s’intéresser aux enjeux des ingérences, avec comme ligne de mire, cette fois, le risque d’ingérence qui pèse sur les élections européennes de 2024.

Léo Bagage et Simon Cheneau

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