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La presse britannique tacle les grévistes

Même son de cloche dans les colonnes du Spiegel. Si une telle résistance contre une réforme assez « douce » peut être perçue comme « ridicule », Britta Sandberg, journaliste pour cet hebdomadaire de référence allemand, observe qu’il ne s’agit plus, depuis longtemps, d’un combat contre deux années de travail supplémentaires, mais d’une « bataille de crédibilité politique, de promesses non tenues et, comme toujours dans les conflits sociaux en France, de lutte des classes ». On pourrait presque y lire une certaine admiration pour les Français qui ne cessent de s’y opposer.

En revanche, la presse au Royaume-Uni, un pays qui connaît très peu de manifestations, se montre plus dubitative. Le Daily Telegraph, un quotidien conservateur, compare la grève en France à « un sport national », où les travailleurs sont si souvent en grève « qu’ils en oublient pour quel emploi ». La poursuite de la grève dans les transports, les hôpitaux et les dépôts de carburant pourrait « paralyser le pays », souligne la BBC, en évoquant le possible échec d’une « une réforme sérieuse ».

Depuis que le gouvernement a annoncé une réforme des retraites avec notamment un report de l'âge de départ de 62 à 64 ans d'ici 2030, le pays se tend. Le reste du monde observe l’Hexagone avec curiosité – et une bonne dose d’amusement.

« Partir à la retraite à 64 ans avec une pension complète, beaucoup de personnes en Europe ne peuvent qu'en rêver », constate Die Tageszeitung, quotidien de gauche allemand. L’âge de la retraite en France est beaucoup plus bas que dans la plupart des autres pays européens : l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne ont décidé de le porter à 67 ans, au Royaume-Uni il est de 66 ans.

Die Tageszeitung estime pourtant que la simple comparaison avec l’âge légal de départ dans d’autres pays « n’est toutefois pas pertinente », vu le contexte français très particulier. En effet, depuis que le président socialiste François Mitterrand a abaissé l’âge de départ à 60 ans en 1981, cette retraite plutôt précoce est considérée par une partie des Français comme un acquis social et « une pièce maîtresse » de toute la politique sociale. L’âge de la retraite serait donc devenu « une vache sacrée » – et le relèvement de ce dernier pour les personnes nées après 1961 équivaut donc « à l’abattage annoncé » de l’animal, explique le journal en filant la métaphore.

« Les Français sont-ils paresseux ? » titre l’hebdomadaire allemand Der Spiegel sur les contestations de la réforme des retraites, en France. Entre étonnement, critique, et encouragement, le projet de loi interpelle la presse étrangère.

[ Plein écran ]

Olivier Dussopt, élève en terminale au lycée Boissy d’Anglas, en 1996. © Lycée Boissy d’Anglas

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Olivier Dussopt profitait des portes ouvertes du Lycée Boissy d’Anglas, à Annonay, en 2017, pour visiter l'établissement où il avait étudié. © Lycée Boissy d’Anglas

« Il a une capacité de maîtrise des dossiers impressionnante. Il est aussi capable de parler une heure sans notes », souligne Gabriel Trombert, son ancien professeur de SES. « Il était brillant, dès son premier mandat [de maire d’Annonay, entre 2008 et 2014]. Il avait réponse à tout, et se montrait très humaniste », complète un proche qui a accompagné Dussopt dans toutes ses campagnes électorales.

À l'origine proche de l’aile gauche du Parti socialiste, le maire d’Annonay est réélu député en 2017 sous l’étiquette PS face à un candidat de la République en marche. D’ailleurs, Dussopt traîne une querelle avec le président de la République Emmanuel Macron qui remonte à 2014. Il avait traité le ministre de l’Économie de l’époque de « connard ». Pourtant, en novembre 2017, sous l’actuel président, il rejoint le gouvernement d’Édouard Philippe. Un virage à 180 degrés vécu comme une « trahison » par nombre de ses alliés politiques et d’Annonéens.

Il continue de fédérer malgré ses revirements

« Beaucoup de ses anciens collègues [à la mairie d’Annonay] ne sont pas d’accord avec lui, mais le suivent, car on lui fait confiance. » Cette position du proche de Dussopt résume le ressenti d’une frange de la municipalité ardéchoise – pourtant toujours socialiste, depuis l’élection de Simon Plénet en 2020 –, qui reste fidèle au ministre.

« C’est quelqu’un que j’ai apprécié et que j’apprécie toujours, car je sentais son honnêteté, sa franchise, son travail, et surtout sa simplicité », poursuit ce conseiller municipal qui a préféré rester anonyme. Sur la question des retraites, Dussopt a pourtant radicalement changé d’avis. En 2010, il disait vouloir la maintenir à 60 ans, et le voilà désormais fer de lance d’une réforme repoussant l’âge légal de départ. « Ce n’est pas son projet mais celui d’Emmanuel Macron. Et quand on est ministre, soit on obéit, soit on démissionne. Et s’il pense que cette réforme est la seule solution, il ira au bout », justifie le même élu local.

Jean-Louis Mourin abonde dans le même sens : « Je sais qu’il suit ce fil conducteur de travailler pour le bien de son territoire, qu’il soit local ou national. Il a donc saisi une opportunité qui s’est présentée à lui et maintenant son choix lui appartient entièrement. »

Fidèle à sa ville

Pour expliquer cet attachement constant à l’ancien maire d’Annonay, une autre source proche de la municipalité avance que Dussopt serait resté très impliqué dans les affaires de la ville : « Il y a cette phrase entendue à la mairie : "Il est beaucoup plus utile à Annonay en tant que ministre qu’en tant que maire". Par exemple, alors que ça prenait du temps, la fibre optique s’est déployée beaucoup plus rapidement dans le bassin annonéen lorsqu’il est devenu secrétaire d’État aux comptes publics [en 2017]. »

Cette proximité avec sa région natale était d’ailleurs toujours d'actualité ces derniers mois, mais selon les informations récentes de RTL, sa sécurité policière aurait été particulièrement renforcée ces derniers jours, le ministre et sa famille ayant reçu des menaces. « On le voyait tous les 15 jours à Annonay. Il prenait son café en ville le samedi matin, tout le monde lui disait bonjour, raconte ce proche de Dussopt. Maintenant, je ne sais pas trop s’il a envie de venir avec tout ce qui se passe. »

Luc Herincx
Édité par Matei Danes

Une montgolfière survolant, dans un profond silence seulement interrompu par les quelques coups de brûleur, les collines vertes du nord de l’Ardèche, où le ballon volant a été inventé. Ce calme-là, Olivier Dussopt donnerait probablement cher pour le ressentir juste quelques secondes, tant la tempête médiatique et politique qui s’abat sur lui depuis plus d’un mois en est l’exact opposé.

Originaire d’Annonay, le ministre du Travail, du plein emploi, et de l’insertion porte une réforme des retraites impopulaire. Dans la rue, des centaines de milliers voire quelques millions de personnes manifestent leur mécontentement depuis le mois de janvier. Traité « d’assassin » par le député LFI Aurélien Saintoul à l’Assemblée nationale lundi 13 février (qui a été sanctionné d’un rappel à l’ordre), Dussopt serait également au cœur d’une affaire de « favoritisme » remontant à 2009, révélée par Mediapart.

« Il n’est plus le bienvenu dans sa ville », lançait même Raphaël Foïs, secrétaire général de l’union locale de la CGT d’Annonay, dans le Dauphiné Libéré, le 13 janvier. Dans la commune d’environ 16.000 habitants, les manifestations contre la réforme des retraites rassemblent. Ils étaient entre 5.000 et 7.000, le 11 février, par exemple. Et l’ancien maire PS de la ville (2008-2017) est particulièrement pris en grippe. « Il y a eu des banderoles "traître", des syndicats veulent se payer sa tête », confie un conseiller municipal proche de Dussopt.

Un acharné de travail

Pourtant, le parcours politique de l’Ardéchois de 44 ans a longtemps fait la fierté de sa ville. Issu d’une famille ouvrière, il est élu à l'âge de 28 ans, le 17 juin 2007, député de la deuxième circonscription de l'Ardèche, devenant ainsi le benjamin de l'Assemblée nationale. Une trajectoire qui s’explique, d’après ceux qui le connaissent depuis son passage au Lycée Boissy-d’Anglas, par sa force de travail.

« C’était un élève réservé mais gros bosseur », se remémore Gabriel Trombert, son professeur de sciences économiques et sociales en première et terminale, qui l’a encouragé à poursuivre ses études à l’Institut d’études politiques de Grenoble. « Il venait d’un milieu où son capital culturel ne le favorisait pas, il a dû batailler. Évidemment, c’est toujours compliqué de prédire un avenir, mais c’est quelqu’un qui montrait déjà de l’ambition, et c’est louable. »

Conseiller principal d’éducation dans le même établissement secondaire, Jean-Louis Mourin confirme : « Souvent, son entourage proche lui reconnaissait cette volonté acharnée, alors que d’autres lui promettaient de "se casser les dents" dans ce monde difficile qu’est la politique. Pour moi, il est avant tout un très grand spécialiste en économie politique avant d’être un "politique économique". Il est un fin connaisseur de tous les rouages, les arcanes économiques, les grandes lois qui déterminent l’économie d’une nation. La politique est ainsi au second plan. »

Vainqueur contre son ancien proviseur

La première campagne municipale de Dussopt, à Annonay, en 2008, témoigne d’une force de caractère. Il y affronte quelqu’un qu’il connaît très bien : le proviseur de son ancien lycée, Raymond Signudi. Des retrouvailles étonnantes pour les deux candidats, qui se côtoyaient déjà au conseil d’administration de l’établissement scolaire lorsque Dussopt était représentant des lycéens. Dans la quête d’Annonay, l’élève dépasse alors le maître, sa liste l’emportant dès le premier tour avec 68,9 % des voix.

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