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« Quand on est arrivés, on a discuté avec le personnel et ils ont accepté de bloquer les caisses du RU », déclare victorieusement Camille, entre deux distributions de tracts sur les plateaux repas ce jeudi midi. La file n'est pas plus longue que d'habitude à l'extérieur du grand bâtiment vitré qui se détache sur le ciel gris de la capitale alsacienne. A l'intérieur, les étudiants ne passent pas en caisse, et les personnels du Crous, les bras croisés, ne prélèvent pas l’argent des repas. « Ils ont exercé leur droit de retrait », précise Camille, militante active d' « Étudiant-e-s en lutte Strasbourg ». La plupart des jeunes, tantôt syndiqués à la CGT ou à « Solidaires » mais aussi militants à Génération.s, espèrent ainsi fédérer autour de la question brûlante de l'avenir des étudiants logés à Paul-Appell.

« Je n’avais jamais vu ça avant »

Les travaux de rénovation des bâtiments C et D de la cité universitaire attenante au restaurant sont prévus pour dans deux mois. La nouvelle, annoncée en octobre, a suscité une vague d'angoisse chez les étudiants sommés de quitter les lieux le 31 mars. Pour la grande majorité, les habitants des chambres étudiantes louées à Paul-Appell ont été sélectionnés sur critères sociaux. Ils n'ont pas toujours les moyens de se permettre la location d'un appartement à un particulier. Eléonore, la présidente du collectif, illustre : « Certains locataires vont être délogés et ne savent pas où ils vont vivre jusqu’à la fin de l’année. »

Dans la file, certains étudiants découvrent avec plaisir la gratuité du repas. « Je n’avais jamais vu ça avant », se réjouit Benjamin, en master d'épistémologie. Plus loin, un groupe d'étudiants à la Haute école des arts du Rhin (Hear) soutient également l’action. « J’ai arrêté de venir quand le RU n’était plus à 1€ pour tous », déclare l’un d’eux. Il se restaure désormais chez lui : c'est le hasard qui l’a amené à Paul-Appell aujourd’hui.

Une résidence envahie par les punaises de lit

Les jeunes ne nient pas la nécessité de rénover la cité universitaire, mais soulignent la précipitation dans laquelle cette initiative a été lancée : « Avec cet exemple précis, on peut mieux alerter sur ces conditions de vie étudiante », confie Eléonore. Elle évoque le manque de concertation du Crous avec les étudiants locataires, mais aussi des « trous dans les murs à cause de l’humidité » et des punaises de lit grouillant dans les chambres de la cité universitaire. La militante attaque avec virulence la promesse des « 100% de logements du Crous rénovés », défendue par la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

À l'assemblée générale qui suit le déjeuner, les militants saluent la réception de leur action. Ils abordent de nombreuses problématiques liées à la précarité étudiante : difficultés pour se nourrir, pour se loger, pour vivre dignement. Il semble évident à tous les participants que l'action doit être réitérée, mais dans un autre Crous de la ville. Alors qu'un premier participant propose de faire payer au moins un euro chaque repas, un autre étudiant s'emporte : « Moi j'en ai rien à faire de faire perdre de l'argent à un service public qui n'est plus un service public. Quand on paie nos repas avec nos cartes étudiantes, des banques touchent une part sur chaque transaction. » Sa prise de parole est saluée par les applaudissements silencieux typiques de ces assemblées générales.

Occuper la cité

La proposition d'occuper la cité Paul-Appell vient assez vite sur la table : « Ce serait bien de pouvoir rester après le 31 mars, au moins jusqu'à la fin des partiels qui finissent en juin. » Un résident de ladite cité temporise : « Le bâtiment est humide et délabré, ce n'est pas optimal » avant d'ajouter : « Mais ce serait bien d'être serein au moins pour passer nos examens. » Les étudiants projettent donc d'aller à la rencontre des jeunes logés à Paul-Appell pour voir si une occupation est envisageable. Le collectif prévoit aussi d'organiser un rassemblement devant les bureaux du Crous, à Gallia, dans les semaines qui viennent.

Félicien Rondel et  Laure Solé

Edité par Leïna Magne

Il y a quelques années, Maxime a déménagé à Londres. Cependant, à 33 ans, il n’oublie pas d’où il vient. Sa famille est ancrée dans l'élevage de bétails dans la viande et le lait. « J'ai travaillé dans un élevage de lapin. J’y ai vu des choses pas très géniales », euphémise-t-il. Il se souvient également d’avoir travaillé chez Gastronome, une entreprise de volaille, lorsqu’il était jeune. À l’approche de l’élection présidentielle, Maxime ne souhaite qu’une chose : que les animaux soient en plein air et pas utilisés pour la production.  Le jeune homme fait partie de ces électeurs dont le critère de vote numéro 1 est la cause animale. En septembre 2021, l’Ifop révélait dans une étude que 47% des électeurs pourraient voter en fonction des propositions d’un candidat sur le bien-être animal.

 

 

Une grande préoccupation

À l’autre bout de la France, à Rennes, la cause animale est également une des grandes préoccupations de Thibault. « C’est surtout quelque chose d’important dans ma vie en général. Le vote, c’est une petite partie, d’ailleurs je ne pense pas que mon vote ait beaucoup d’impact », stipule-t-il. Catherine Bronner, la responsable de la SPA de Strasbourg, regrette que les candidats qui se présentent à l’élection présidentielle « n’ont pas d’encart spécial sur la cause animale ». 

« Leur vue compte autant que celle des humains »

Eva, étudiante en italien, amoureuse des animaux et pour qui « leur vie compte autant que celle des humains », attend que la ou le prochain Président de la République « soit à l’écoute des associations ». Les bénévoles demandent, pour la plupart, l’abolition de l’esclavage intensif des poules ou encore que les gens qui maltraitent leurs animaux soient punis. À Strasbourg, la SPA rappelle qu’il y a environ « 300 à 400 signalements par an de maltraitance animale, puis 20 à 30 plaintes vont jusqu’au parquet ». 

Un manque de représentation

« Les interviews n’évoquent presque jamais la cause animale », déplore Eva. Pour Thibault, « il y a encore un long chemin à parcourir ». Ce qu’il attend des candidats à l’élection présidentielle sur la maltraitance animale ? « C’est dur de répondre à cette question, mais chaque avancement est bon à prendre. » Ces électeurs ont du mal à se sentir représentés dans le champ politique actuel. « Le parti politique de Hélène Thouy, le Parti animaliste, a été créé seulement pour parler de cette thématique, mais il y a d'autres raisons pour lesquelles on élit le chef de l’État », déclare Thibault. De son côté, Maxime aussi n’attend pas grand-chose des candidats à la présidentielle, « Mélenchon en parle un peu, les Verts un peu moins ». Quant à Eva, elle admet ne pas avoir lu tous les programmes mais a retenu que Marine Le Pen souhaitait agir pour les animaux. En réalité, la candidate du Rassemblement national souhaiterait agir seulement pour l'expérimentation animale et la corrida et non pour la chasse, le droit animal, l’élevage et les animaux de compagnie.

Camille Bluteau

Édité par Juliette Lacroix

En septembre 2021, l’Ifop révélait dans une étude que 47% des électeurs pourraient voter en fonction des propositions d’un candidat sur le bien-être animal. On a donné la parole à quatre d’entre eux.

Personne n'a payé son repas au restaurant universitaire Paul-Appell ce 10 février. Une action à l'initiative d'un collectif d'étudiants en lutte contre la rénovation de la cité attenante au restaurant, prévue pour mars et jugée précipitée.

Google Analytics a recours a des tranferts de données « illégaux », dénonce la Cnil. Elle donne un mois aux sites qui utilisent le service américain pour changer d’outil.

La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) française s’attaque au mastodonte américain Google. C’est plus particulièrement sa branche « Analytics », service gratuit d’analyse d’audience pour des sites web, qui est visée. Un service très pratique pour les gestionnaires de ces sites, mais « illégal », juge la Cnil : les données transférées par l’entreprise vers ses serveurs américains ne sont pas suffisamment protégées. « En effet, si Google a adopté des mesures (…) celles-ci ne suffisent pas à exclure la possibilité d’accès des services de renseignements américains à ces données », écrit le régulateur.

Ce mercredi, des gestionnaires de sites web ont reçu une mise en demeure. La Cnil les contraint à abandonner le service, sous peine de sanctions – sans préciser encore lesquelles. Ils ont un mois pour se mettre en règle. La décision de l’autorité française arrive quelques jours seulement après celle de son homologue autrichien, la DSB. Le début d’une vague européenne contre Google ?

Le règlement général sur la protection des données (RGPD) exige depuis 2018, pour tout transfert de données hors de l’Europe, un niveau de protection au moins équivalent à celui de l’UE. Les États-Unis ne rencontrent pas ces exigences. Les accords successifs (Safe Harbor, Privacy Shield …) ont tous été invalidés par la Cour de justice de l’Union européenne (UE): même là, les données n’étaient pas suffisamment protégées.

L’ONG pour la protection des données personnelles Noyb, basée à Vienne, se félicite de cette décision. Et pour cause : lorsque la Cour de justice de l’UE invalide à l'été 2020 le dernier accord entre l’UE et les États-Unis, l’organisation dépose une centaine de plaintes auprès des régulateurs des pays membres contre Google Analytics et Facebook Connect. Ils sont accusés de ne pas protéger les données personnelles de leurs citoyens. La décision des autorités française et autrichienne sont les conséquences directes de ces requêtes. « Suite aux plaintes de Noyb, la CNIL déclare officiellement que les transferts de données entre l'UE et les États-Unis via Google Analytics sont illégaux et ordonne à un opérateur français de se mettre en conformité », tweete Noyb.

Plausible Analytics, alternative open source à Google Analytics, se félicite de cette décision : « Google Analytics est-il illégal ? Oui, a dit l'autorité autrichienne de protection des données et aujourd'hui l'autorité française de protection des données est d'accord ! C'est une époque passionnante pour un projet européen d'analyse Web axé sur la protection de la vie privée. »

Dans la foulée de la décision autrichienne, le géant américain s'est défendu de toute responsabilité : « Google Analytics aide les commerçants, les gouvernements, les ONG et de nombreuses autres organisations à comprendre à quel point leurs sites et applications fonctionnent pour leurs visiteurs - mais sans identifier des individus ou en les suivant sur le Web. Ce sont ces organisations, et non Google, qui contrôlent les données collectées avec les outils analytics et la manière dont elles sont utilisées », rapporte Le Monde Informatique.

« Les dominos commencent à tomber », analyse Laura Kayali, journaliste tech pour Politico. Sans nouvel accord, surveiller l’intégralité des transferts de données est une tâche titanesque. Faute de cadre légal pour les transferts transatlantiques, cette sanction ne sera sûrement pas la dernière.

Emma Bougerol

Édité par Élia Ducoulombier

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