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Pensée pour le Racing et les événements animés par l’Eurométropole et la Ville, la future fanzone de la Meinau interroge les riverains. Le projet, jugé envahissant, pourrait menacer leur tranquillité.
En Alsace, c’est le chantier de la décennie. Un projet à 160 millions d’euros alors qu’il devait en coûter 100, passé successivement entre les mains de deux équipes municipales depuis 2019. Le stade de la Meinau, antre du Racing club de Strasbourg Alsace (RCSA), va être entièrement restructuré d’ici 2026. À terme, ses tribunes accueilleront jusqu’à 32 000 personnes, soit 5000 de plus qu’à ce jour. Plus globalement, ce sont tous les abords de l’enceinte qui vont être repensés. Au cœur de ce chamboulement : une fanzone d’une capacité de 6000 personnes. Cet espace verdoyant et festif bordera l’entrée ouest du stade. Pour le club et les collectivités, un outil formidable ; pour les riverains, une utilité discutable.
En 1994, ces derniers s'approprient notamment un espace derrière l’actuelle maison des projets, qu’ils nomment "le Carré", pour se retrouver. L’endroit devient un lieu de deal connu de tous, entraînant "un sentiment de toute-puissance" chez les jeunes et "un repli généralisé des adultes chez eux". Rudi Wagner et d’autres figures du quartier interviennent alors pour renouer le lien avec eux, en parlant autour de barbecues et de moments festifs auxquels les autres habitants sont invités. Il se rappelle également avoir organisé des rencontres entre policiers îlotiers et jeunes de la cité afin de désamorcer les tensions dans les années 1990 : "Les policiers connaissaient les jeunes." Ce n’est plus le cas depuis la suppression de la police de proximité en 2003 et le réaménagement du commissariat de la Canardière en espace de stockage.
Ses yeux s’embuent au moment d’évoquer Bilal, un enfant de 4 ans mort en 2002 en tombant dans une cage d’ascenseur mal entretenue. "Le quartier aurait pu exploser", s’émeut-il. L’absence de réaction de la maire Fabienne Keller avait exacerbé le sentiment de délaissement des habitants. Poussée par les associations, cette dernière avait fini par présenter ses condoléances à la famille, juste avant l’enterrement du petit garçon.
Toujours actif à la Canardière, Rudi Wagner cherche aujourd’hui à transmettre la mémoire du quartier en écrivant des livres sur l’histoire de la Meinau.
Yves Poulain et Heïdi Soupault
Niché entre le stade du Racing club de Strasbourg et la route de la Meinau, le petit quartier des Villas attise les convoitises des agents immobiliers. Un îlot de calme où les familles espèrent trouver la maison idéale, proche du centre, mais isolée du tumulte de la ville. Ce privilège a un coût.
© Abdoulaye Guisse et Mélissa Le Roy
Louise Pointin et Elsa Rancel
Il se remémore avec amertume une grève qu’il avait initiée en tant qu’élu CFDT pour négocier les cadences et les salaires. Les menaces de la direction de ne pas verser les primes de Noël avaient mis un terme à la mobilisation au bout d’une journée. Il raconte aussi les industries qui "ont fermé les unes après les autres", l’apparition du chômage de masse et la disparition de commerces à la Canardière. Il cite le bar Tout pour la gueule, situé avenue de Normandie : "Je ne sais pas pourquoi ce désert, tout ce vide." Malgré ces fermetures, Saïd Kaneb continue à voir les avantages de la vie à la Meinau, "agréable à vivre, malgré ce que l’on raconte, il y a des parcs, le lac Baggersee…"
Cet ancien militant du Parti socialiste travaille chez Baco pendant 35 ans ; il termine sa carrière en 2003, à l’âge de 60 ans, avec "la retraite de Mitterrand". Après des années à militer au sein du parti à la rose, on lui propose une place éligible sur la liste de Catherine Trautmann pour les élections municipales de 1989. Mais sa place fait débat : "Quand j’ai posé ma candidature, le nom de Saïd Kaneb faisait peur." Le PS s’inquiète de perdre des voix en mettant un nom maghrébin sur sa liste et le rétrograde en position non-éligible. Mais il négocie, déterminé à "ne pas faire l’Arabe de service" car "je suis français". On le remonte finalement dans la liste et il reste élu au conseil municipal jusqu’en 1995, période au cours de laquelle il dit avoir "lancé l’idée" de construire la Grande mosquée de Strasbourg, inaugurée en 2011.
Aujourd’hui retiré de toute activité syndicale et politique, il suit quand même le réaménagement urbain porté par la municipalité depuis 2006. L’abattage de 70 platanes sur l’avenue de Normandie en 2018 l’a ému : "Je me suis battu pour les garder." Malgré cela, Saïd Kaneb ne se voit pas vivre ailleurs, d’autant plus que sa seconde femme Nadia rencontrée en Algérie, l'a rejoint en 2020.