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Quand Sandrine Rousseau a eu ses premières règles en CM2, l’élue féministe a cru que le ciel lui tombait sur la tête. "Ma mère me dit qu'elle m'en avait parlé, mais je n'en ai aucun souvenir. Voir du sang dans son slip à dix ans et ne pas oser en parler, c'est se sentir seule au monde." Des décennies plus tard, sa propre fille a paniqué, raconte-t-elle, car elle était persuadée d'avoir un cancer du vagin. Le temps passe, mais le constat demeure : on ne parle pas assez des règles, et surtout, on n’en parle pas à temps.
Le nouveau programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, publié au Bulletin officiel jeudi 6 février, marque toutefois une avancée. Dès la rentrée 2025, les élèves de sixième seront sensibilisés au sujet. Aujourd’hui, l’éducation aux règles est quasiment absente des programmes scolaires. Une enquête menée en 2023 par l’association Nouvelles Règles et OpinionWay révèle que la méconnaissance, la désinformation, la précarité menstruelle et la honte pèsent lourdement sur le bien-être et la scolarité des adolescentes.
Seuls 15 % des élèves bénéficient des trois séances d’éducation à la sexualité prévues par la loi, et aucune directive n'encadre spécifiquement l'enseignement des menstruations. Pourtant, 72 % des filles ont leurs règles avant 13 ans, en quatrième, et 20 % dès l'école primaire. Un constat qui, pour Sandrine Rousseau, plaide en faveur d'une sensibilisation dès le CE2 ou le CM1.
"C'était un carnage, je n'avais jamais été préparée à ça”
La députée écologiste milite activement pour cette cause. "Si vous n’en avez jamais entendu parler, si vous n’avez rien sur vous pour gérer cela, vous vous retrouvez avec une tâche de sang sur votre pantalon, incapable d'aller au tableau. C'est une angoisse immense." Un traumatisme que de nombreuses jeunes filles partagent. Valentine, 24 ans, se souvient de son premier jour de règles, en sixième, alors qu’elle portait une jupe blanche chez le coiffeur : "C'était un carnage. Je n'avais jamais été préparée à ça.” Trop gênée pour en parler à ses parents, c'est son père qui l'a découvert en faisant le linge. Quant à Léa, 23 ans, elle s’est sentie “apeurée” en sentant du sang couler sur sa chaise en CM2 : "Je me suis débrouillée seule. J’ai noué mon pull autour de mes fesses et j’ai nettoyé discrètement. Je me sentais perdue."
Marie*, elle, a eu la "chance" d’avoir une mère qui l’avait sensibilisée à ces sujets, lorsqu’elle a eu ses règles à la fin du CM2. "Mais même en sachant, ça me paraissait trop tôt. Je l’ai caché durant tout le collège." Ce silence renforce un sentiment de honte qui perdure au fil des années. "On parlait entre filles du fait d’avoir ou non ses règles, mais jamais du mal de ventre, de l’endométriose ou de l’impact sur la vie quotidienne", raconte la jeune femme, aujourd’hui âgée de 25 ans. Ayant eu ses premières règles à dix ans, elle a longtemps caché ses protections hygiéniques au fond de son sac, persuadée que le sujet devait rester secret.
"Au nom de quoi refuse-t-on d’informer les petites filles ?”
Aujourd’hui encore, les règles ne sont abordées dans l’enseignement qu’à travers le prisme de la reproduction, comme un simple indicateur biologique d’absence de fécondation. Dans le nouveau programme, elles seront évoquées sous le prisme de la prévention, le texte mentionnant prudemment que des "menstruations douloureuses nécessitent une consultation médicale". Trop timide, selon Sandrine Rousseau : "On parle de reproduction, mais pas de ce que vivent les filles tous les mois. Et encore moins de la précarité menstruelle et de l’absence de serviettes dans les collèges. Sur ça, rien."
Face aux résistances sur le sujet, notamment de certains élus de droite qui considèrent que le sujet ne relève pas du périmètre scolaire, l’élue ne décolère pas : "Au nom de quoi refuse-t-on d’informer les petites filles ? Qu’est-ce qui dérange ?" Sandrine Rousseau égrène des solutions, sans ciller : intégrer l’éducation menstruelle dans le programme scolaire dès l’école primaire, assurer la présence d’une infirmière référente dans les écoles, distribuer gratuitement des protections périodiques et, surtout, briser le tabou. D’après elle, ce qui aggrave encore la situation, c’est la honte intériorisée. Et d’asséner, cinglante : "Ce que je veux, c’est que plus jamais aucune petite fille en France ne découvre une tâche de sang dans son slip sans savoir ce que c’est.”
*Le prénom a été modifié.
Clara Lainé
Édité par Paul Ripert
À l’école, des milliers de jeunes filles se retrouvent démunies face à leurs premières règles. Alors que le gouvernement introduit timidement une sensibilisation dès la sixième à partir de 2025, des voix s’élèvent pour exiger une véritable prise en charge dès le primaire.
Ce qui était redouté par les collectivités territoriales a été confirmé dans le budget du gouvernement de François Bayrou adopté cette semaine : leur dotation annuelle va faire les frais des restrictions budgétaires. L'Eurométropole de Strasbourg, qui discute aujourd'hui en Conseil des orientations financières à donner à sa collectivité, voit sa dotation amputée de 10 millions d'euros sur les 80 millions d'euros alloués par l'Etat.
Comment mener à bien le projet d’étendre les réseaux de chaleur, celui de prolonger le tramway vers l’Ouest, ou encore de rénover le stade de la Meinau quand les charges de fonctionnement augmentent et que les ressources diminuent ? "On va devoir faire des économies en ayant trois éléments en tête : préserver le service public, diminuer les dépenses événementielles et intensifier les efforts en termes de sobriété énergétique", répond le premier adjoint en charge des questions budgétaires, Syamack Agha Babaei, qui ne manque pas de dénoncer un effort "injuste". Ce sera quatre millions d'euros de moins pour l'énergie cette année par exemple.
"On avance vers un iceberg plutôt que de corriger la trajectoire”
D'autant que si l'Etat peut se permettre de s'endetter, les collectivités territoriales, elles, respectent l’obligation de présenter un budget de fonctionnement à l'équilibre. Elles peuvent donc s'endetter, mais seulement pour réaliser des investissements. Une solution privilégiée par la majorité en exercice : la dette est passée de 680 à 776 millions d’euros entre fin 2023 et fin 2024. Ce que n'a pas manqué de critiquer Jean-Philippe Maueur (LR), membre de l'opposition, dénonçant "l'endettement exponentiel déraisonnable" de l'Eurométropole. Thibaud Philipps (vision commune) hausse le ton : "On avance vers un iceberg plutôt que de corriger la trajectoire. A ce rythme là, on n'aura plus les moyens de faire des projets structurants en 2028. Il faut une trajectoire de désendettement pour répondre aux enjeux futurs." "Vous avez mangé les marges de manoeuvre", renchérit quant à elle Catherine Trautmann (PS).
Syamack Agha Babaei perd son calme : au regard des autres collectivités, “y compris celle d’une couleur politique différente”, la dette explose aussi. La conseillère écologiste Carole Zelinski tranche d’un geste : "On emprunte pour investir aujourd'hui afin d'éviter que nos enfants aient à payer six fois plus cher le coût de l'inaction actuelle." Le budget primitif sera voté le 25 mars 2025 en Conseil.
Lilou Bourgeois
Édité par Paul Ripert
Mauvaise nouvelle pour les collectivités territoriales : les dotations qui leur sont accordées par l'Etat sont revues à la baisse. L'Eurométropole de Strasbourg, qui présente ce vendredi 7 février son budget 2025, tente de pallier le manque sans renoncer à l'investissement.