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Il s'est formé spontanément lors de la cérémonie de départ de Jean-Claude Trichet de la présidence de la Banque centrale européenne, le 31 octobre 2011. Ses membres se surnomment eux-mêmes le « Groupe de Francfort ». Ils sont huit, et chacun exerce un rôle majeur au sein de l'Eurozone. Réuni deux fois, en marge du G20 de Cannes début novembre 2011 et juste avant le Conseil européen en décembre 2011, ce club n'a ni mandat particulier, ni même existence officielle. Pourtant un accord entre ses membres détermine la conduite des institutions européennes. Qui sont-ils ?
Les deux économistes prônent tous deux des règles plus simples, compréhensibles par tous et ne prêtant pas à de multiples interprétations. Selon le Nicolas Boisvilliers, l'impasse actuelle s'explique également par un manque de volonté politique. « Ce sont tous les liens qu'il peut y avoir entre la finance et la politique. Ça consiste à passer du travail de haut fonctionnaire de l'Etat à la tête d'une banque. Il y a des passe-droits qui se créent, une culture commune qui circule. »
L'accession récente de salariés de Goldman Sachs à des postes à haute responsabilité politique illustre cette endogamie. Mario Monti, nouveau président du conseil italien est toujours conseiller international pour Goldman Sachs. Mario Draghi, nouveau gouverneur de la Banque centrale européenne fut de 2002 à 2006 vice-président de la Banque américaine en Europe. Enfin, si Lucas Papademos, nouveau premier ministre grec n'y a jamais travaillé, il était gouverneur de la Banque centrale grecque de 1996 à 2002 à l'époque où Goldman Sachs a aidé la Grèce à maquiller ses comptes pour pouvoir intégrer la zone euro. Michel Aglietta regrette aussi cette collusion entre le monde politique et économique.
Laboratoires d'idées, les think tanks réunissent des experts. Leurs publications dans le domaine politique et économique visent à influencer les décisions des dirigeants européens. Depuis 2008, certains d'entre eux ont été à l'origine des principales solutions apportées à la crise de la zone euro. Petit hit-parade des think tanks financiers qui comptent en ce moment dans l'Union européenne.
Bâle I, Bâle II, Bâle 2,5, Bâle III, cette valse de recommandations ressemble à une course sans fin. Une course entre un système financier innovant sans cesse pour que l'argent produise encore plus d'argent et un régulateur cherchant à juguler les risques que ces inventions font courir à l'économie réelle. Nous avons demandé à deux observateurs de ce monde de la finance de nous livrer leurs sentiments sur cette spirale. Nicolas Boisvilliers est consultant en services financiers, et Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à Paris X, consultant pour Groupama et conseiller scientifique au CEPII (Centre d'Études Prospectives et d'Informations Internationales).
« La régulation a toujours été un jeu de chat et de souris », explique Michel Aglietta. Dans les années 1980, les banques prenaient des risques sur les marchés financiers sans commune mesure avec le capital dont elles disposaient. Elles s'exposaient à des pertes insurmontables. Les recommandations de Bâle I ont donc imposé un taux de fonds propres proportionnel à l'argent qu'elles avaient sorti de leurs caisses. « Bâle I s'attachait purement aux risques liés au crédit. Il s'agissait de limiter cette délivrance de crédit par rapport aux fonds propres des banques sans prendre en compte la qualité de l'emprunteur», explique Nicolas Boisvilliers.
Mais les banques pouvaient respecter le ratio de 8% imposé par Bâle I tout en prenant des positions très risquées sur les marchés. Suivra donc Bâle II qui prend en compte ces risques. Puis Bâle III qui oblige la détention d'actifs de qualité pour éviter un manque de liquidité en cas d'urgence. Rien n'y fait, plus l'étau se resserre, plus les acteurs financiers prennent des chemins de traverses, comme le dénoncent Nicolas Boisvilliers puis Michel Aglietta.