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De nouvelles familles concernées
Le placement est le dernier recours quand aucune autre solution ne peut être trouvée. Au quotidien, assistantes sociales et éducateurs interviennent auprès des familles avec leur accord ou suite à une décision du juge des enfants. L’aide éducative à domicile consiste en des mesures d’accompagnement aux familles en difficulté à cause de problèmes d’absentéisme scolaire, d’autorité parentale défaillante ou de conflits intrafamiliaux. « La précarité n’est pas synonyme de danger pour l’enfant. Quand il a de l’attention et que ses parents lui expliquent ce qui se passe, il peut le comprendre », rappelle Virginie Rivot, éducatrice au foyer de l’enfance de Golbey. « Les enfants passent en premier, les parents se privent », ajoute Mariam Colin, également éducatrice.
Pourtant la situation devient parfois intenable. Un désarroi vécu aujourd’hui par une nouvelle partie de la population. Les travailleurs sociaux voient ainsi un nouveau public franchir la porte de leur bureau. « De plus en plus de familles viennent s’adresser aux services sociaux. Les demandes d’aide augmentent parmi la classe moyenne. C’est une partie de la population qui n’en demandait pas avant. Comme les ex-salariés licenciés quand ils ont épuisé leurs droits », explique Gérard Balland.
Une impression confirmée par Mariam Colin : « On peut faire le lien avec la crise. On rencontre des familles qu’on ne connaissait pas. Elles ne savent pas où aller, ne maîtrisent pas le système des aides sociales. En plus, elles ont honte », note l’éducatrice.
Le basculement dans la précarité est un risque de plus en plus important pour ces familles sur le fil du rasoir. Le moindre accident dans les finances du foyer peut compromettre sa stabilité.
Aude Malaret
Ils étaient 622 en 2004, ils sont plus de 1000 aujourd’hui. En quelques années, le nombre d’enfants placés a fortement augmenté. A tel point que le conseil général a prévu dans son budget complémentaire d’octobre 2012 de financer la création d’une centaine de places supplémentaires. Si le lien avec l’augmentation de la pauvreté n’est pas direct, les acteurs de la protection de l’enfance s’entendent pour constater que la crise économique et les difficultés qu’elle engendre sont un facteur aggravant de la situation des enfants.
Situations familiales dégradées
Perte d’emploi, faibles salaires, pouvoir d’achat en baisse, beaucoup de foyers s’en sortent de moins en moins bien. « La situation économique dégrade très fortement l’environnement des familles. Elles sont isolées et renfermées sur leurs difficultés », remarque Jean-Christophe Noël, directeur du service territorial éducatif de milieu ouvert (Stemo). Ce service de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) d’Epinal mène des enquêtes de terrain pour permettre au juge des enfants de prendre une décision en matière de protection de l’enfance et de mesures éducatives.
Francine Girod, vice-présidente du tribunal pour enfants d’Epinal, partage ce constat : « Comme un amplificateur, les problèmes économiques tirent les familles vers le bas. Les plus fragiles le deviennent davantage. Il y a vingt ans, ces familles accédaient à des emplois peu qualifiés. Aujourd’hui, les plus pauvres n’y ont pas accès. Ils vont moins bien et peuvent être de moins bons parents. »
L’activité des services du Stemo s’étend, en même temps que croît la précarité dans le département. « Notre intervention a toujours été importante dans les zones d’Epinal et de Saint Dié. Maintenant, nos équipes se déplacent de manière diffuse et éclatée dans les secteurs ruraux, raconte le directeur du Stemo. Le tissu économique et social est dégradé. La toxicomanie y est une problématique assez aiguë. Les gens essaient de combler le vide face au manque d’emploi », ajoute-t-il.
Des permanences contre les addictions
Une paupérisation observée sur le terrain par les professionnels de santé, qui notent également une hausse des dépendances à l’alcool et aux drogues illicites sur le territoire. « Chez nous, la majorité des patients viennent pour des problèmes d’alcoolisme. Est-ce parce que la communication est plus efficace et qu’ils sont de moins en moins dans le déni ? Est-ce parce qu’il y a plus de personnes dépendantes à l’alcool ? Je pense que les deux raisons sont recevables. Avec la création de deux nouveaux centres, nos capacités d’accueil ont aussi augmenté, ce qui joue sur nos statistiques », affirme Delphine Rémy, au centre de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie de Remiremont. Là, le nombre de patients suivis est passé de 306 en 2006 à 998 en 2011. Installées également à Saint-Dié et Épinal, ces structures associatives traitent des addictions de tout ordre en partenariat avec les hôpitaux. Des permanences de proximité sont proposées dans les centres communaux d’action sociale afin d’atteindre une population venant des zones rurales.
« Les catégories sociales que l’on retrouve souvent dans nos centres sont les ouvriers, les employés et les personnes sans emploi », ajoute Delphine Rémy. Si les hommes sont les plus touchés par la dépendance à l’alcool, une hausse chez les femmes est notable. Elles étaient 62 en 2006 et 227 en 2011.
Terre rurale, les Vosges n’en sont pas pour autant un désert médical. L’infrastructure hospitalière est même l’un des points forts du département : près de 30 hôpitaux et cliniques, soit deux 2 lits pour 1000 habitants, le même niveau que la moyenne nationale et 38 pharmacies pour 100 000 habitants contre 37 pour la France. Le docteur Jean-Jacques Maglia, médecin au centre hospitalier d’Épinal, confirme : « D’une manière générale, nous sommes assez bien lotis en équipements et en professionnels de santé. Toutefois, pour les personnes éloignées des zones urbaines, comme dans l’est des Vosges, l’accès est plus difficile. Les professionnels de santé sont aussi amenés à se déplacer chez les patients qui ont des problèmes de mobilité. »
La CMU couvre 9253 Vosgiens
Du côté des praticiens, l’offre est également non négligeable : 93 médecins généralistes pour 100 000 habitants, un chiffre correct mais inférieur à la moyenne nationale (102). Cependant, les spécialistes, concentrés autour d’Épinal, sont moins bien répartis sur le territoire. Contrairement aux généralistes qui offrent souvent des tarifs pris en charge par la sécurité sociale, les spécialistes pratiquent des dépassements d’honoraires, ce qui constitue un frein pour les personnes précaires. Une étude de l’UFC Que choisir démontre ainsi qu’aucun ophtalmologue vosgien ne propose les tarifs de la sécurité sociale. Les consultations chez le dentiste ou le gynécologue, par exemple, sont alors retardées, voire évitées pour des raisons financières. Chez ces spécialistes des hôpitaux publics, les listes d’attente s’allongent, confirmant le phénomène.
Autre indicateur de paupérisation, le nombre de bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU) a augmenté. Ce dispositif, qui permet à toute personne qui réside en France de manière stable et régulière et qui ne peut s’ouvrir des droits à l’Assurance maladie à un autre titre, de couvrir ses frais médicaux, concerne 9253 Vosgiens en 2011. Chiffre en hausse depuis 2007, la part de bénéficiaires de la CMU est passée de 1,04% de la population à 2,17%, suivant la courbe observée au niveau national (2,17% en 2007 contre 3,33% en 2011).
Face à la pauvreté, les pouvoirs publics ont déployé plusieurs outils : le revenu minimum d’insertion devenu le revenu de solidarité active, la couverture maladie universelle font partie des mesures mises en place pour aider les populations les plus défavorisées. Le budget de la dépense d’aide sociale du conseil général des Vosges a augmenté de 27,45% en sept ans. C’est le département français qui a connu la plus forte augmentation. Les associations caritatives, nombreuses, font ce qu’elles peuvent tout en se désolant de voir la précarité gagner de nouvelles populations.
Pour tous, le plus difficile à combattre est sans conteste la détresse sociale. Car elle n’a pas de mesure et se vit parfois cachée. Si le lien avec la précarité n’est pas facile à établir, personne ne peut nier qu’elle est un facteur aggravant : augmentation des personnes dépendantes à l’alcool, aux drogues, hausse des enfants placés et des tentatives de suicides… la facture sociale devient lourde.