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Un projet, trois partenaires

20130606-GB new_logo_cuej.pngDepuis près de vingt ans, les étudiants du CUEJ, l’Ecole de journalisme de l’Université de Strasbourg, terminent leur formation par une immersion dans un pays étranger. Pendant quatre ou cinq semaines, il leur faut tenter de comprendre un peu d’un territoire dont ils ignorent beaucoup, détricoter les idées reçues, se défier des conclusions hâtives. 

Rien de cela n’est possible sans l’aide des étudiants et enseignants du pays d’accueil qui guident ceux du CUEJ dans la recherche de récits sur lesquels mettre des images et des mots. Que nos deux partenaires de cette première plongée en Inde, le Mass Communication Research Center (MCRC) de l’Université Jamia Millia Islamia, à New Delhi, et le département de journalisme de l’Université de Pune soient ici chaleureusement remerciés pour leur accueil, leur écoute, leurs conseils, leur adhésion à notre projet et les moyens mis à notre disposition. Ceci est le résultat de notre travail commun. 

Outre ce magazine, à Pune et à Delhi, les étudiants de nos universités ont produit une application pour tablette, un webdoc radio et un webdoc vidéo que vous invitons à découvrir sur cuej.info.

Nous adressons également tous nos remerciements à l’ambassade de France en Inde et à l’ambassade de l’Inde en France pour leur soutien. 

Nicole Gauthier
Directrice du CUEJ
Université de Strasbourg

Aujourd'hui, le chantier a repris. Lavasa se targue désormais de « développer une région oubliée par les autorités » tout en « préservant l'environnement ». Chaque jour, la nouvelle ville de Dasve se concrétise un peu plus, et chaque jour, le début de la construction de Mugaon se rapproche. Lorsqu'on demande au porte-parole de Lavasa l'agenda des travaux, il répond, sûr de lui : « Mugaon sera prête en 2015. » Et attirera touristes et investisseurs. Un rêve ne connaît pas d'obstacles.

Photos et textes de Thibault Prevost

Une ressource rare et mal gérée

Malgré ses vingt stations d'épuration des eaux usées, Delhi rend l'eau noire.

LEGENDE

© Thibaud Métais/Cuej

Après l'interruption du chantier décretée par le Ministère de l'environnement, entre novembre 2010 et novembre 2011, l'entreprise a du mettre en place des programmes de responsabilité sociale pour pouvoir reprendre la construction. Outre la mise en place de systèmes de proptection de l'environnement, Lavasa a créé une école primaire et élémentaire gratuite pour les enfants des villageois, même si tous ne la fréquentent pas. « Oui, certains enfants bénéficient de cette éducation, et c'est une très bonne chose », admet Babu Walhekar. 

Entre deux passages de camions chargés de gravats, un camion-citerne s'arrête au village. « Lavasa nous fournit de l'eau dans ce réservoir en plastique tous les 4 à 5 jours. Il contient 10.000 litres, mais c'est trop peu pour tout le village », déplore Babu Walhekar. Handicapés par le manque d'eau, les habitants peinent à survivre. « Nous avons tous candidaté pour travailler à Lavasa, à un moment ou à un autre, ces neuf dernières années. Ils préfèrent travailler avec des gens venus d'ailleurs. » Sur les quelque 2500 ouvriers du chantier, la majorité est étrangère au Maharashtra, confirme le préposé aux embauches.

Thumabai Walhekar est un flot ininterrompu de vindicte en maharati : «  Ça a commencé il y a 8 ans. Un jour, on est venu travailler aux champs, et il y avait des bulldozers dedans. » L'action des uns enclenche la réaction des autres, dans ce qui est devenu une guerre d'usure. Et tous les moyens sont bons, selon elle, pour faire plier les villageois: « Ces derniers mois, ils balançaient les eaux usées dans les sources des villages, et les gens tombaient malades», raconte-t-elle. Elle précise que la répression se serait arrêtée deux semaines avant notre arrivée.

Kajal Margale a 11 ans et toise les étrangers avec un regard qui n'a rien d'enfantin. Elle est la fille de Leelabai Margale, devenue chef de file du mouvement de résistance à Lavasa depuis que la compagnie a fait passer, il y a 7 ans, une route au milieu de son champ. Elle se dit désormais la cible privilégiée des employés de Lavasa. Ses filles aussi, raconte Kajal : « Ils visent les personnes âgées, analphabètes, pour leur acheter leurs terres. Parfois, ils attendent que les enfants soient seuls pour les menacer verbalement. » 

Le patriarche de Mugaon, Babu Walhekar, 65 ans, est un vieil homme dépité. Depuis le début des travaux, juste en face du village à la végétation égrotante, la vie n'est plus la même. Lavasa et ses machines ont presque tari l'unique source du hameau, et la sécheresse s'est installée dans la vallée, raconte-t-il en montrant du doigt l'ancienne source du village. Pourtant, il ne bougera pas. « Ceux de Dasve se sont fait avoir, et ils vivent dans des conditions pathétiques. Nous sommes trop entêtés pour vendre ce terrain, peu importe le prix. » Quinze jours plus tôt, Lavasa, dit-il, leur a proposé 400 000 roupies (6000 euros) pour leurs 160 hectares de terrain. Une somme faramineuse pour ces modestes agriculteurs, qui parviennent tout juste à vivre de leur production.

 

Au bord du lac, des immeubles chatoyants apparaissent. Inspirée du hameau italien de Portofino, Dasve a tous les atours d'une ville lacustre à l'européenne. Si la première des cinq futures villes de Lavasa est presque livrée, les quatre autres n'existent encore que dans la réalité virtuelle du DVD promotionnel. Le chantier a pris du retard, pour une simple raison : dans les vallées voisines, les habitants indigènes refusent de vendre leurs terres à la compagnie.

Quatre kilomètres à l'est de Dasve. Mugaon, hameau de 25 maisons, rassemble les propriétaires de plusieurs centaines d'hectares de terrains agricoles, à l'endroit où Lavasa a prévu de faire pousser une autre ville, qu'elle nommera également Mugaon. En face du village, une carrière se dresse, et des tonnes de pierres sont charriées quotidiennement. Le gros oeuvre a débuté malgré la réticence des villageois, échaudés par l'expérience de leurs ex-voisins de Dasve. Et ce hameau du bout du monde est devenu un repaire d'activistes.

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