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Une région culturellement et historiquement ancrée à droite

Les raisons du succès du Front National dans le Grand-Est, et particulièrement en Alsace, sont en premier lieu historiques. Richard Kleinschmager, géographe et professeur émérite à l'Université de Strasbourg, a déterminé quatre facteurs clefs pour comprendre l'implantation profonde de la droite dans le Grand-Est :

  • Un rejet de la gauche et du communisme. Richard Kleinschmager explique que « l'Alsace a toujours été une terre de droite, et ce encore plus après 1945 ». Alors que le Parti communiste récolte plus de 20 % des voix dans le reste de la France, il est quasi-inexistant en Alsace. « Les Alsaciens associent le communisme au régime soviétique où de nombreux malgré-nous (130 000 Alsaciens enrôlés de force dans la Wehrmacht) ont été emprisonnés »,poursuit le géographe. Dans les campagnes, c'est le parti centriste qui structure la vie sociale et politique. Cette mouvance rencontre cependant une résistance dans les villes qui vont se tourner vers la gauche.

 

  • Des religions engagées politiquement. La relation des Alsaciens avec la religion est aussi un facteur déterminant : « C'est une région pluri-confessionnelle, où le régime concordataire est encore en vigueur. Les religions ont toujours eu un pied dans la vie politique locale, elles vont même jusqu'à donner des consignes de votes lors des prêches. Le catholicisme, majoritaire, a toujours prôné un vote centriste ou de droite. Par opposition, les protestants ont voté à gauche ou ont rejoint De Gaulle » estime l'universitaire.

 

  • Une tradition ouvrière de droite. Le Grand Est est une région profondément ouvrière. Traditionnellement, les ouvriers votent à gauche. Mais pas dans le Grand Est, où les syndicats de gauche sont peu présents. Pour Richard Kleinschmager, le phénomène d'ouvrier-paysan dans les campagnes est primordial : « La journée, il travaille à l'usine puis le soir il rentre chez lui dans son exploitation agricole. Ces personnes se sentent plus paysans qu'ouvriers et ont donc une tendance à voter à droite ».

 

  • Une situation géopolitique unique. Le Grand Est a été marqué par les guerres. Placé en première ligne lors des conflits de 1870-1871, 1914-1918 et 1939-1945, le territoire a vécu de nombreuses invasions et batailles. C'est une région exposée, une région profondément militaire avec de nombreux forts et casernes. « Les notions de sécurité, d'autorité et de nationalisme sont très imprégnées, et donc, la propension de voter à droite y est très forte, explique le professeur. Le général De Gaulle a incarné ces valeurs après la guerre. Lorsque le gaullisme s'est étiolé dans les années 1970, les Alsaciens ont cherché un nouvel homme providentiel. Jean-Marie Le Pen a fait office de De Gaulle de substitution pour nombre d'entre eux ». 

Le Grand Est n'a pas attendu le reste de la France pour voter Front National. En 2002, 2816 communes, sur les 5254 que compte la région, placent Jean-Marie Le Pen en tête du scrutin lors du premier tour. Le phénomène s'accentue en 2017, où le FN atteint de nouveau le second tour. Cette fois, Marine Le Pen arrive en pôle position dans 3872 communes. 

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