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Mais ils pourront se spécialiser, en création (graphisme, vidéo, photo), ou en technique (code informatique, modélisation 3D). « Ils ont du talent, ils ont des idées, mais souvent, ils n’arrivent pas à se vendre sans diplôme, explique-t-elle. Notre mission est surtout d’ordre humain. On les aide à remettre le pied à l’étrier, à reprendre confiance en eux et à réapprendre à vivre dans un groupe, avec une hiérarchie. » A partir de l’année prochaine, une « journée test » viendra compléter la sélection à l’entrée. Objectif : voir comment les futurs stagiaires gèrent un exercice imposé, et comment ils se comportent en groupe. « Le groupe est très important, justifie Pauline Walter, il doit tenir toute l’année ».

Pourtant, plusieurs stagiaires quittent la formation chaque année. Pour des raisons financières le plus souvent. Les 300 à 600 euros perçus par les étudiants, selon leur situation, ne sont pas toujours suffisants pour faire face à leurs charges ou à leurs dettes. Des problèmes de discipline ou d’absentéisme peuvent aussi justifier un renvoi. « Ici, c’est un cocon, explique Pauline Walter, mais pendant la période de stage on les pousse dehors, et c’est là que l’on peut rencontrer un certain nombre de problèmes. »

Numéro 1 mondial de « Yu-Gi-Oh »

A l’issue des neuf mois de formation, plusieurs options s’offrent aux stagiaires. Chercher du travail, reprendre une formation, ou créer leur propre activité. Comme Terence Figueiredo, qui a intégré le pré-incubateur d’E-nov campus à la sortie de la Ligne numérique. Stagiaire de la première promotion de la Ligne Numérique en 2015-2016, le jeune Mulhousien de 27 ans a ouvert sa propre école privée, la Power House Gaming, en 2017. Elle forme ses élèves aux différents métiers de l’e-sport, comprenez la compétition en matière de jeux vidéo. La formation concerne aussi bien le jeu pur et dur (pour devenir joueur professionnel), que l’organisation d’événements e-sport, le coaching, ou le management.

Ex-numéro 1 mondial de cartes Yu-Gi-Oh ! – dérivées d’un manga – et champion de France 2015, Terence Figueiredo n’avait pas de formation en arrivant à la Ligne numérique : « J’avais débuté un bac professionnel en technique d’usinage mais je n’ai pas continué. » Passionné d'e-sport, il ouvre une boutique de cartes Magic et Yu-Gi-Oh ! à Mulhouse, mais son affaire périclite. « Je me retrouvais beaucoup plus à entraîner les jeunes qui venaient qu’à vendre quelque chose, sourit-il, je me suis dit que la vente n’était vraiment pas faite pour moi. »

Aujourd’hui, la Power House Gaming accueille 48 pensionnaires, qui vivent et étudient au sein de la structure. Coût : 6 000 à 8 000 euros. Chaque année, la structure reçoit plus d’une centaine de candidatures et songe à s’agrandir. « La Ligne numérique m’a aidé à peaufiner mon idée, à savoir ce que je voulais, se souvient-il. Je pense qu’ils ont vraiment tout ce qu’il faut pour sublimer la passion ou le talent de quelqu’un, même si la plupart du temps, les gens viennent avec une idée à la base. »

Gratuite et organisée par l’association E-nov campus, cette formation financée par la région Grand Est accueille des jeunes en panne d’orientation ou en décrochage scolaire, avec le niveau bac au maximum. Tous ont déjà un goût pour le numérique, ou des compétences autodidactes. Pour intégrer la promotion qui compte une douzaine de places, les futurs stagiaires sont d’abord sélectionnés par dossier et sur leurs réalisations (vidéo Youtube, site web, etc.), s’ils en ont.

« Apprendre à travailler avec une hiérarchie »

La dernière étape de sélection se fait par entretien. « Ce que l’on cherche, ce sont des jeunes qui ont envie d’apprendre et de continuer à progresser », explique Pauline Walter, responsable pédagogique de la formation. Quel que soit le domaine qui intéresse les candidats, tous suivront des cours qui abordent aussi bien le graphisme que le code informatique. Une volonté de E-nov campus pour qu’ils « apprennent à travailler avec tous les métiers du numérique », expose Pauline Walter.

Mehdi Boswingel, photographe-vidéaste, a suivi une formation à la Ligne numérique. Crédit photo: CUEJ/Anne Mellier

Et si on recevait Internet par sa fenêtre ? Alsace Réseau Neutre (ARN), fournisseur d'accès à Internet associatif fondé en 2012, propose à ses adhérents de partager leur connexion, et promet un débit comparable à celui d'une box Internet placée dans le salon.

A Mulhouse, la Ligne numérique propose une formation aux outils digitaux aux jeunes en difficulté. Il s’agit autant d’acquérir des compétences que d’adopter une attitude de travail.

A tout juste 20 ans, Mehdi Boswingel est un photographe-vidéaste professionnel comme les autres. Des cartes de visite à portée de main, des objectifs photos prêts à servir, et un montage vidéo à finir sur son MacBook.  Il y a deux ans encore, pourtant, le jeune Mulhousien travaillait comme plombier-chauffagiste avec son oncle. La vidéo n’était qu’une passion qui l’aidait à « boucler les fins de moisJe ne me voyais pas créer mon entreprise, se souvient le jeune homme. Je viens d’un milieu où l’on ne connaît pas vraiment ça. » Et puis Mehdi Boswingel a entendu parler de la Ligne numérique.

Pour rassembler les bonnes volontés et s'informer sur les panoramas connectés, ARN a mis en ligne une carte collaborative où une trentaine de participants indiquent la vue disponible depuis leur logement. Dans l'idée, cela permettrait que certains récepteurs de connexion puissent à leur tour servir de relais, étendant toujours plus loin la toile de ce bout d'Internet « à taille humaine ».

Pierre-Olivier Chaput

Un fournisseur d'accès à Internet est dit neutre s'il ne regarde pas ni ne modifie les données transmises, et les achemine toutes sans les discriminer (par exemple, sans favoriser un service de streaming par rapport à un autre). En tant que fournisseur d'accès associatif, ARN est une association sans but lucratif gérée par ses membres bénévoles, ce qu'elle met en avant comme garantie de son indépendance et sa neutralité. Le tarif actuellement proposé est de 20 euros par mois, un coût que l'association prévoit de baisser au fur et à mesure de l'augmentation du nombre d'abonnés.

Mais pour avoir du haut débit sans fil, adhérer à ARN ne suffit pas. Un routeur est nécessaire, ainsi qu'une petite antenne radio de moins de 20 centimètres de long, accrochée à une fenêtre ou un balcon. Et surtout, il faut un voisin, disposé à partager et avec un logement bien placé. Il faut pointer son antenne vers l'une de ses consœurs, reliée, elle, à l'Internet classique. Et pour que la connexion se fasse, il faut une ligne de vue claire sur le domicile partageur. Qu'un arbre trop grand ou un immeuble trop imposant se trouve sur le chemin des données, et celles-ci se montreront incapables de traverser.

Un routeur comme celui-ci est nécessaire en complément de l'antenne. Les autocollants ne sont pas fournis avec l'appareil. Crédit photo : Cuej / Pierre-Olivier Chaput.

Le collectif « Balance ton portable » cherche à faire réfléchir aux rapports que l’on entretient avec son smartphone. Une performance artistique suivie dans les rues de Strasbourg. 

Dans une rame bondée du tram C, un vendredi à 17 h 30, Alice et Mona* fondent sur leur proie, un jeune homme assis près de la fenêtre, écouteurs sur les oreilles. « Est-ce que tu peux me donner ton portable pendant cinq secondes ? », demande l'une d'elles. Le garçon hésite, mais ne lâche pas son téléphone. « C'est juste pour voir si tu peux le donner quelques minutes, répond l'une des filles en souriant, et si je peux aller sur une appli par exemple. » Il refuse. « C'est mon téléphone, ça coûte cher et je l'ai acheté avec mes sous. » Un braquage ? Une tentative de racket ? Non, un happening artistique. Magnéto cassette tout droit sorti des années 90 dans une main, dictaphone dans l'autre, Alice enregistre l'échange puis remet au participant une petite cassette audio blanche en expliquant leur démarche.

« Balance ton portable » est un projet artistique, porté par le mouvement du même nom. Inspiré du dadaïsme et né d'échanges autour du Big data et de la protection des données, il réunit des artistes, des informaticiens, mais aussi des personnes d'horizons professionnels très différents. Ses objectifs : dépersonnaliser l'usage du portable, et faire réfléchir à de nouvelles manières d'utiliser les réseaux sociaux. Les échanges enregistrés sont la première partie du projet. La seconde prendra la forme d'une restitution artistique, encore en réflexion.

Formée en 2017 par sept associations locales, elle promeut les principes du logiciel libre, de la neutralité du Net et de la défense de la vie privée en ligne. Des valeurs essentielles à Strasbourg, et depuis longtemps ; dans la capitale alsacienne, le numérique était déjà présent il y a un demi-siècle. De l'Amicale des informaticiens de l'Université de Strasbourg, qui existe depuis 1969, préhistoire de la discipline, à la Flammekueche Connection, le groupe local d'utilisateurs de Linux qui organise des événements sur le logiciel libre depuis les années 1990, les terrains de jeux pour informaticiens engagés ne manquent pas. Paradoxalement, ces associations dont la raison d'être tourne autour d'Internet, réseau mondial, avaient beaucoup de mal à communiquer entre elles.

« C'était très désorganisé », confirme Damien Gleitz, dans un diagnostic largement partagé par ses comparses. Le co-créateur de Desclicks, association basée à Schiltigheim qui propose des formations grand public au numérique et vend des ordinateurs reconditionnés à bas prix, poursuit : « Nous n'étions souvent même pas au courant de ce que faisaient les autres », alors que nombre de ces associations ont plusieurs membres en commun. D'où le besoin de se réunir dans une structure commune. Mais celle-ci ne s'est pas construite du jour au lendemain. « Cela faisait par exemple deux ans qu'on participait ensemble au week-end des associations », évoque Valentin Grimaud. Avec ce nouveau cadre, les échanges sont désormais plus simples. « La fédération permet de se coordonner, de se structurer et aussi de mieux accueillir les personnes qui viennent nous voir, en nous permettant de les rediriger vers l'association dont les activités les intéresseront le plus », détaille Damien Gleitz.

De la coordination et de la coopération, cette alliance d'associations en aura bien besoin. La jeune fédération alsacienne s'est engagée à organiser l'édition 2018 des Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL). Celles-ci se tiendront sur le sol de l'Université de Strasbourg du 7 au 12 juillet. D'ici là, les hackeurs ont du pain sur la tablette.

Pierre-Olivier Chaput

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