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11/02/22
15:44

Convoi de la liberté à Strasbourg: «On n'est pas juste des pions à qui on peut demander de la fermer»

Le défilé de voitures est parti tôt ce 11 février, direction Paris puis Bruxelles. Une centaine de personnes étaient présentes, pour prendre le départ ou en soutien à la cause.

Robin (avec le mégaphone) et Michel (à gauche) donnent les dernières instructions avant le départ du convoi. © Eléonore Disdero 

« Vous voulez un coup de main ? », « C’est bien d’être là chacun fait sa part », « Est-ce que quelqu’un a une glacière ? » Ce 11 février, le grand parking du Auchan d’Illkirch, en périphérie de Strasbourg, est le lieu d’une activité inhabituelle pour un début de matinée. Des voitures arrivent au compte-goutte, klaxonnent, se garent au même endroit. Au total, une centaine de personnes se retrouvent pour lancer le Convoi de la liberté de la région Grand Est. Par petits groupes, les participants se rassemblent pour discuter, malgré le froid. Tous s'étaient donné rendez-vous vers 8 heures 30, histoire d’organiser le départ. 

Mouvement hétéroclite – anti-pass, populistes et Gilets Jaunes sont de la partie - les revendications le sont tout autant : retrait du pass vaccinal, baisse du prix de l'essence, pouvoir d’achat. L’objectif des convoyeurs ? Atteindre Paris, où leur manifestation a déjà été interdite par la préfecture. Pour les plus déterminés, le rendez-vous est pris dimanche à Bruxelles, malgré l’interdiction du rassemblement tombée la veille.

Du côté des conducteurs, on colle des autocollants sur les vitres : « Je soutiens le convoi de la liberté. » Des drapeaux sont brandis : outre le fameux bleu-blanc-rouge traine un drapeau alsacien, un canadien, quelques Croix de Lorraine aussi.  

« J’ai une épée de Damoclès au-dessus de la tête »

En trois-quarts d’heure, un petit monde de solidarités se déploie sur le parking gris. Un homme distribue des gobelets en plastique : « Il y a du café dans mon fourgon. » D’autres sortent des vivres qu’ils rassemblent entre les voitures. Toutes et tous ne sont pas venus pour prendre part au départ. C’est le cas de Sandrine, aide-soignante de 44 ans aux cheveux bouclés, venue « en soutien avec ceux qui veulent partir ». Non vaccinée, elle a « la chance de pouvoir continuer à travailler » car deux fois covidée. « J’ai une épée de Damoclès au-dessus de la tête : le 4 mai, mon pass s’arrête. Je vis au jour le jour. »

Matthias, chapeau bleu blanc rouge sur la tête, est plus vindicatif. « J’ai 50 ans et ce que je vois, c’est que ce monde va de plus en plus mal. La société est décadente : regardez ce qu’on mange, les écrans dont on abreuve les gamins. La pauvreté est de pire en pire, les riches de plus en plus riches. » Participant au convoi pour « mettre la pression » au gouvernement et « réveiller » les consciences, Matthias n’en démord pas : « On est le peuple, et pourtant, personne nous écoute. »

La remorque tractée par le pick-up de tête. © Nils Sabin

De l’autre côté du rassemblement, Joséphine est une enseignante à la retraite. Elle est venue avec sa fille, elle-même commerçante dans le textile, qui pose fièrement avec sa pancarte « Pour la liberté de nos enfants, stop dictature. » Joséphine l’assure : pas anti-vax, elle est elle-même vaccinée. « Mon problème, c’est qu’il n’y a pas de débats contradictoires, on ne peut pas donner un autre avis que ce que l’on entend dans les médias. » La petite phrase du Président Macron « d’emmerder » les non-vaccinés, elle l’a en travers de la gorge. « On a le droit de se poser des questions, de montrer qu’on existe. On n’est pas juste des pions à qui on peut demander de la fermer. »

Animatrice en Ephad, Justine tient aussi à montrer sa solidarité : « Je ne peux pas partir, j’ai pas de sous. » Non vaccinée, elle a été suspendue au moment où la piqûre est devenue obligatoire pour le personnel au contact des plus fragiles. Tous les jours, elle publie sur ses réseaux sociaux des pancartes anti-pass soignées, aux dessins colorés et à la police léchée. 

Récolter les « doléances, les cris du cœur » 

À 8 heures 30, le véhicule qui mène le convoi arrive. C’est un imposant pick-up orange, qui tracte une longue remorque sur laquelle, très vite, deux hommes montent et haranguent la foule. Michel, béret noir vissé sur la tête, prend la parole : « C’est trop chouette de vous voir en vrai. » Les discussions sur l’application Telegram sont enfin passées IRL. « La liberté, ça fait deux ans qu’on l’a perdue. L’égalité, on essaye de lui courir après. Mais une chose est certaine aujourd’hui, c’est que la fraternité, elle est là ! » Mot d’ordre du convoi : récolter les « doléances, les cris du cœur » des gens rencontrés sur la route. « On les donnera aux députés, aux sénateurs, qui sont un peu sourds. » Robin, coordinateur de l'événement, fignole les derniers détails : « On devrait arriver à Paris vers 20 heures ce soir. Toute la journée, on pourra communiquer via l'application Zello, c’est comme si on parlait par talkie-walkie. »

Michel, l'un des convoyeurs au départ de Strasbourg. © Emma Bougerol

Les consignes données, il est temps de plier bagage : une chaîne humaine se forme pour transporter les vivres dans la remorque, où cohabitent gazinière, bidons, chaises en plastique. Un homme, cheveux longs, barbe fournie, range sac à dos et grosse valise dans sa voiture. L'effervescence du départ. Près du pick-up orange, une femme annonce dans un mégaphone d’une voix SNCF : « Le convoi de la liberté va partir. » Sous les klaxons, les salutations et même les pleurs, le convoi s’élance.

Emma Bougerol, Eléonore Disdero & Nils Sabin

Édité par Thomas Wronski

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