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Bas-Rhin, terre de volontariat

Dans le Bas-Rhin, les sapeurs-pompiers volontaires constituent la majorité des effectifs du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis). Ces volontaires, qui concilient leur vie professionnelle avec celle de pompier, sont indispensables au bon fonctionnement des secours.

4757. C’est le nombre de sapeurs-pompiers volontaires (SPV) engagés dans le Bas-Rhin (1). Main d’œuvre indispensable pour le Sdis, les SPV sont présents dans toutes les casernes du département, sauf dans celles de Strasbourg Ouest et de Finkwiller, où il n’y a que des professionnels. « Dans certains centres, il n’y a que des volontaires. Dans certaines communes, ils sont les seuls secours de proximité », précise le lieutenant-colonel Alain Koenig, chargé de la gestion et du développement du volontariat pour le Sdis du Bas-Rhin. Ce fort engagement est le produit de l’histoire locale. René Geyller, responsable du musée du sapeur-pompier d’Alsace, rappelle qu’on trouve dans la région des traces de groupements de « pompiers » dès l’an 1400. « Il y a en Alsace une tradition de l’engagement, dû à la forte participation associative dans les villages, et un certain goût pour l’ordre, l’uniforme et le civisme », abonde Alain Koenig.

Crédit : Anissa HOUSNI

Crédit : Anissa HOUSNI

Un impératif, la motivation

Les personnes souhaitant s’engager comme SPV peuvent s’inscrire à une formation initiale, à partir de 16 ans et jusqu’à 55 ans. Pour les services départementaux, mis à part une bonne condition physique, il n’y a pas de prérequis de qualification. Un seul mot d’ordre : la motivation. Si à l’issue de l’entretien, le pompier est retenu, il suit une formation initiale de trois semaines. Des formations continues jalonneront ensuite sa carrière. La rémunération dépend du grade et des heures durant lesquelles la garde est effectuée.

Crédit : Arielle MULLER Exemple : L'indemnité de base d'un caporal est de 8,22 euros de l'heure. Il touche 100% de cette dernière lorsqu'il est en intervention de 7 heures à 22 heures. Il n'en perçoit que 35% quand il est de garde entre 19 heures et 7 heures.

Crédit : Alane ANTHONY

Crédit : Alane ANTHONY

Des incitations pour fidéliser

Pour conserver ces volontaires, le Sdis 67 met régulièrement en place des campagnes de communication sur internet et les réseaux sociaux, dans les mairies, ou par voie de presse. « On essaye aussi d’améliorer le quotidien de nos volontaires. En rénovant les casernes, et en proposant de beaux espaces de vie, on encourage les volontaires à rester », précise le lieutenant-colonel Alain Koenig. Le Sdis a aussi mis en place une série de mesures incitatives. D’abord, les indemnités de base, non imposables. « C’est une contrepartie à l’engagement. C’est sûr qu’elle le facilite, mais je crois pas qu’on puisse s’engager que pour ça… »
En 2017 dans le Bas-Rhin, 290 pompiers volontaires bénéficient d'une convention entre le Sdis et leur employeur. « Cela permet de coordonner l'activité professionnelle et celle de pompier volontaire, explique Alain Koenig. L’employeur accepte de libérer la personne lors de ses gardes ou s’il est appelé pour une intervention lors d’une astreinte. Ça facilite son engagement. » Le pompier sera alors rémunéré directement par le Sdis, ou son indemnité sera versée à l’employeur en échange du maintien de son salaire.

Enfin, depuis 2001 une retraite d'indemnité est calculée en fonction du nombre d'engagements quinquennaux (2). Un pompier volontaire engagé pendant 35 ans peut toucher jusqu’à 1800 euros par an. « Ça permet d’inciter les pompiers à s’engager une ou plusieurs années de plus. S’ils se sont déjà engagés pendant neuf ans, on leur indique qu’avec une année de plus, ils auront deux engagements quinquennaux au lieu d’un seul. Et donc une plus grosse retraite. »

Malgré « un nombre globalement suffisant de sapeurs-pompiers volontaires », le lieutenant-colonel constate une érosion. « En 2016, on a recruté 278 pompiers, mais 406 se sont arrêtés. C’est une tendance nationale. Le Bas-Rhin est plutôt préservé, mais il n’y échappe pas. » S’il a du mal à l’expliquer, ce sapeur-pompier professionnel invoque le repli sur soi et l’augmentation du temps de travail, notamment chez les jeunes. « Beaucoup de jeunes ne restent pas très longtemps. Il y a un trou entre 25 et 35 ans, car ils construisent leur maison, fondent une famille. Ensuite ils ne reprennent pas forcément. On suspend donc leur contrat d’engagement, mais on essaye tout de même de garder contact avec eux, pour qu’ils reviennent vers nous plus tard. »

Paroles de volontaires

Frédéric Georg

34 ans, adjudant, fonctionnaire

Nicolas Rodrigues

26 ans, caporal, aide-soignant à l’hôpital

Maxime Tiquet

28 ans, caporal, menuisier auto-entrepreneur

Engagement

Frédéric Georg : « Je voulais aider mon prochain, faire quelque chose d’utile, d’intelligent. Et je n’étais pas marié à l’époque. Je suis entré chez les jeunes sapeurs-pompiers (JSP) à l’âge de 13 ans alors qu’à l’époque, on pouvait commencer dès 9 ans. En fait, j’avais plein d’amis JSP qui m’y ont emmené un samedi. Et du coup, je me suis engagé. A côté de ça, je suis président de l’association des JSP de Drusenheim et je suis formateur chez les pompiers. Je n’ai aucune famille pompier, ni gendarme, et je n’ai jamais été dans une association de secouristes. » Nicolas Rodrigues : « Mes parents ne voulaient pas particulièrement que je fasse du foot, du rugby ou du basket, mais en voyant la section des JSP ils se sont dit : “pourquoi ne pas l’envoyer là-bas ?” Du coup, je me suis aussi dit “pourquoi pas ?” J’ai un père militaire, donc autant rester un peu dans l’ambiance “délire hiérarchique”. Au final, ça m’a plu. Mais, je ne suis pas du tout passionné depuis tout petit comme certains de mes collègues. » Maxime Tiquet : « C’est une passion depuis tout petit. A 6 ans je voulais déjà éteindre le feu et sauver des vies. Ça ne s’explique pas. Mon père m’emmenait souvent à la caserne pour voir. Il était pompier volontaire, et mon frère est pompier dans l’armée de l’air. Je suis rentré chez les JSP à 11 ans. Je ne regrette pas de l’avoir fait. »

Sacrifices

F. G. « Le temps que ça demande est variable. J’ai la formation, les JSP, les interventions… Ça ferait environ 15h par semaine en plus des gardes. Mais ça n’implique pas de sacrifice dans ma vie. J’ai toujours fait le distingo entre la vie associative et ma vie privée. Je ne gâcherai pas mon mariage pour les pompiers. » N. R. « C’est très très prenant, que ce soit dans ma vie de famille, dans ma vie de tous les jours. Ça me demande environ 36 heures par semaine. Ce n’est pas seulement un loisir, il faut vraiment être passionné. J’ai déjà perdu beaucoup de copines à cause des pompiers. Les dimanches matins on n’est pas forcément à la maison à prendre des petits-déjeuners avec la famille. C’est du temps pendant lequel je pourrais faire autre chose, mais je préfère rester ici à aider des gens. » M. T. « Ce n’est pas un sacrifice pour moi. Je m’organise en fonction de ce qu’on me demande à la caserne. J’adapte les pompiers par rapport à ma profession. Je ne fais pas ça pour l’argent. Dans un mois, j’ai une période de 5 jours où je suis de garde pendant 12h quotidiennement. Je suis aussi d’astreinte les soirs et week-end pendant deux semaines par mois. Au total, cela me prend une centaine d’heures par semaine. »

Proches

F. G. « Mes proches sont compréhensifs. Je ne vais pas dire qu’ils sont fiers, mais ils savent que quand je pars, c’est pour faire quelque chose de bien. Je ne vais pas au bar du coin regarder du foot. Malgré tout, forcément, mes proches sont quand même inquiets. Mon épouse, mes parents... Mais moi aussi. Si mes filles devenaient pompiers, je voudrais qu’elles rentrent en entier. » N. R. « On est clairement en décalage. Les amis le comprennent et l’acceptent. En plus dans mon cas, mes amis, ce sont soit des aides soignants, soit des pompiers. Mes proches ont tout le temps peur. Mon père, ça va, mais ma mère est toujours paniquée. Quand elle sait qu’il y a une intervention, c’est la première à m’envoyer un sms en me disant ”fais attention”. Comme ils ne connaissent pas le métier de pompier, ils se font des films. » M. T. « Beaucoup de personnes de mon entourage ne comprennent pas mon engagement. Ils pensent que c’est un métier dangereux et ne voient pas comment on peut aimer ça alors qu’on voit les gens souffrir. Je leur explique que leur réaction ne change rien pour moi : c’est ma passion. Ma famille a pris l’habitude, le rythme. Au début, c’était dur, mais maintenant elle a compris. Je lui ai expliqué que ça me tenait à coeur. Je ne laisse pas le choix à ma femme, elle est contente que je revienne. Elle a peur, mais je la rassure. »

Peurs / risques

F. G. « Si on commence à avoir peur, ça devient très compliqué. Les risques sont évalués, je réfléchis à chaque situation pour mes hommes. On laisse les peurs dans l’armoire. A l’époque où j’étais plus jeune, j’étais plus tête brûlée. Quand on est homme du rang, on est un peu tête brûlée. Aujourd’hui, j’ai un grade, je vais faire gaffe pour mes hommes. Et maintenant que je suis papa, je veux rentrer entier, avec le camion en bon état. » N. R. « Personnellement, je ne pense pas du tout aux blessures. La personne à aider en intervention passera toujours avant moi. J’avais failli faire une dépression à cause d’une intervention qui se déroulait alors que je sortais de ma formation. Nous sommes prévenus dès l’engagement qu’on va voir des choses pas très jolies, qu’on va devoir supporter toute la misère humaine, littéralement. Mais ça ne m’a jamais freiné, ce qui compte, c’est porter secours. » M. T. « Je fais davantage attention depuis que je suis pompier. A la maison par exemple, je suis attentif au gaz, aux bougies, aux petites choses du quotidien... Avec l’expérience sur le terrain, je suis aussi plus prudent. On s’habitue à la souffrance des autres. C’est dur quand il y a un mort, quand on arrive pas à réanimer. On en parle entre nous. Entre personnes de la caserne, on se comprend, plus qu’avec nos proches qui ne sont pas pompiers. »

Devenir professionnel ?

F. G. « L’idée de devenir SPP m’a titillé à l’âge de 18 ans. Mais j’ai obtenu mon DUT en génie électrique et ai obtenu directement un emploi dans lequel je me sentais bien. Donc, j’ai abandonné l’idée de devenir SPP. De plus, j’aurais peut-être peur de perdre ma passion si elle devenait mon métier. » N. R. « J’avais fait le concours pour être professionnel et j’ai raté les épreuves physiques. Mais je ne regrette pas. Grâce à mon métier, je soigne déjà des personnes, et donc les deux sont complémentaires. » M. T. « Je voulais avoir un travail stable, quelque chose pour ma retraite. J’ai donc eu l’idée de devenir professionnel il y a deux ans. Mais ça prenait beaucoup de temps, et avec le boulot et mon âge, ce n’était pas possible. C’est plus sportif, il y a plus d’écrits pour passer les concours. »

Arthur BLANC et Romane VIALLON

(1) Organisation des sapeurs-pompiers dans le Bas-Rhin : 7 compagnies, 50 unités territoriales, 200 sections

(2) Les sapeurs-pompiers volontaires sont engagés pour une période de cinq ans, reconduite tacitement

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